Momo Challenge : le défi absurde et macabre qui vise enfants et ados

Les réseaux sociaux font émerger tout un tas de jeux et défis aux conséquences parfois (très) dangereuses. Le dernier en date, baptisé Momo Challenge, met en scène un personnage virtuel machiavélique, proposant à ses interlocuteurs un gage par jour. Le dernier étant le suicide. Comment mettre en garde son enfant ?

Momo Challenge : le défi absurde et macabre qui vise enfants et ados
© Stratos Giannikos - 123RF

Facebook, Snapchat, Instagram... Tous ces réseaux sociaux sont plutôt pratiques pour partager des photos, envoyer des messages et garder le contact avec ses amis. C'est aussi le terrain de jeu de certains hackers qui s'attaquent aux plus vulnérables comme les enfants et les ados. Apparu sur la messagerie instantanée WhatsApp au début de l'été 2018, le Momo Challenge est loin d'être une application inoffensive. Son principe ? L'utilisateur entre dans sa liste de contacts, le numéro de téléphone d'un certain Momo, un personnage avec une photo de profil plutôt effrayante. Après un "veux-tu jouer avec moi" d'apparence anodine, le dialogue s'installe progressivement entre l'usager et cette femme aux allures horrifiques, aux yeux exorbités, aux cheveux noirs filasses et au sourire du "Joker". Au début, Momo ne se montre pas bien méchant, a plutôt de la conversation et apprend à connaître son interlocuteur. Mais petit à petit, l'intriguant personnage invite l'utilisateur à participer à des défis de plus en plus glauques et de plus en plus malsains, comme par exemple se balader seul dans la rue à 2 heures du matin ou essayer de surmonter l'une de ses peurs. Bien entendu, l'utilisateur doit se filmer en train de réaliser les différents défis avant de les envoyer à Momo. Et s'il n'obéit pas, Momo le menace de pirater ses données personnelles. Il s'agit bien là d'un chantage pouvant mener à des défis très dangereux, voire mortels. Car, quelques menaces, moqueries et intimidations plus tard, Momo impose un ultime défi : sauter d'un balcon. Tout au long de ce "lavage de cerveau", l'étrange contact se permet d'envoyer des messages personnalisés (avec votre nom et celui de votre famille) nuit et jour avec des images et des vidéos d'une extrême violence.

Des "faux" numéros qui se multiplient...

Si heureusement, très peu d'utilisateurs suivent à la lettre les absurdes défis imposés par ce robot cruel, la police a établi un lien entre le suicide d'une fillette de 12 ans et le jeu du "Momo Challenge", début juillet 2018 en Argentine. En effet, la jeune fille aurait discuté avec cet étrange personnage juste avant de se donner la mort. Très rapidement, l'équipe en charge de l'enquête a pu retrouver ceux qui étaient derrière le contact. Ce dernier n'était autres qu'un groupe de hackers désirant pirater le contenu des smartphones des personnes piégées. Le numéro en question a d'ailleurs été désactivé le 11 juillet dernier. Toutefois, ce phénomène s'est répandu comme une traînée de poudre et des numéros se sont très vite dupliqués à travers le monde. notamment au Japon, en Colombie et au Mexique. 

Qu'en est-il en France ?

Pour le moment, aucun cas de suicides ou de tentatives n'ont été signalés. Mais quelques numéros, visibles sur de nombreux sites internet, promettent aux utilisateurs d'entrer en contact avec le fameux Momo. Au bout du fil : des fake numéros, des petits escrocs utilisant des numéros surtaxés pour détourner un peu d'argent si on les compose et surtout, des plaisanteries de très mauvais goût.

L'occasion de rappeler que les comportements de type "Momo Challenge" sont considérés en France comme du harcèlement en ligne (ou cyber-harcèlement) : un délit passible de deux ans d'emprisonnements et d'une amende de 30 000 euros (ou 3 ans de prison et 45 000 euros si la victime a moins de 15 ans). "L'ampleur est difficilement mesurable mais sa dangerosité est réelle", dénonce Gabriel Attal, député (LREM) des Hauts-de-Seine dans un article du Parisien du 10 septembre 2018. Ce dernier a adressé une question au ministre de l'Intérieur dans laquelle il fait mention de "la pression psychologique" et de "la mise en danger des plus jeunes" qu'implique le Momo Challenge. Pour protéger les enfants et les ados face à cette pratique et pour informer au mieux les familles, le ministère s'est engagé à suivre ce dossier de façon presque quotidienne. Des mesures et des recommandations devraient prochainement être rendues publiques. 

Comment accompagner son enfant pour une navigation plus sûre ? Bien que le risque 0 n'existe pas, quelques bons gestes permettent d'accompagner son enfant dans son utilisation numérique.

  • ne pas interdire l'accès à internet ou aux réseaux, mais garder le contrôle de l'ordinateur ou de la tablette. "En fonction de l'âge, ne lui transmettez pas les codes d'accès ou créez-lui une session avec des fonctions limitées et sécurisées (limitation du temps de connexion, impossibilité de télécharger des applications, accès limité à certains sites ou applications qui ne garantissent pas un niveau minimum de confiance (ceux qui transmettent les données personnelles par exemple)...)", précise la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). A savoir que le contrôle parental peut s'installer sur tous les smartphones, tablettes et ordinateurs. 
  • s'il utilise les réseaux de sociaux comme Facebook ou autres (déconseillés avant 13 ans), mieux vaut régler avec lui les paramètres de confidentialité et vérifier que son profil ne soit pas consultable par n'importe qui.
  • ne pas hésiter à parler en famille de ce genre de challenge qui se profile sur les réseaux, comme pour tout autre danger sur Internet. "Sensibilisez vos enfants, quel que soit leur âge, aux dérives d'internet et des réseaux sociaux", conseille la CNIL.


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