Votre enfant vous coupe la parole ? Les psys révèlent ce que cache vraiment cette habitude
Interrompre un adulte qui parle est souvent associé à une mauvaise éducation, mais pas forcément. Il existe plusieurs explications, tant comportementales que biologiques, selon les psychologues.
S'il y a bien une habitude qui agace tout le monde, c'est celle de couper la parole. Et souvent, ce réflexe est associé à une mauvaise éducation. C'est peut-être vrai chez les adultes, qui ont eu le temps d'apprendre que ce n'est pas très poli et de développer leur patience, mais ce n'est pas forcément évident chez les enfants. Les psychologues s'accordent à dire que cela va bien au-delà d'une simple "mauvaise habitude" à corriger. D'abord, et on s'en doutait un peu, les enfants qui coupent la parole cherchent surtout à attirer l'attention de leurs parents.
Comme l'explique Cari Alvarez, docteure en psychologie, auprès du magazine Parade, le lobe frontal est l'une des dernières parties de notre cerveau à se développer avec l'âge. Or, c'est elle qui est responsable de la coordination motrice volontaire et du langage, autrement dit celle qui permet de résister à l'envie de parler quand ce n'est pas notre tour. "Interrompre peut être approprié au développement" selon la spécialiste, et cela ne devient problématique que si l'enfant le fait constamment. Dans ce cas, cela peut cacher quelque chose de plus profond.
Si les interruptions sont trop fréquentes, cela peut être le signe d'un "dysfonctionnement exécutif" ou de "troubles du développement tels que le TDAH". Dans ce cas, mieux vaut consulter un professionnel afin de poser un diagnostic officiel. Mais d'autres raisons peuvent expliquer cette habitude de couper la parole : il est tout à fait possible que l'enfant réagisse à une "dynamique de surprotection parentale".
À force de tourner toujours autour de l'enfant tel un parent hélicoptère, il s'attend à ce que vous soyez constamment disponible pour lui, de façon exclusive. Il se permet donc de vous couper, car il se sait être le centre de votre attention quoi qu'il arrive. C'est aussi la manifestation d'une certaine anxiété : "Si les parents ont l'habitude de résoudre immédiatement tous les problèmes de l'enfant, cela peut intensifier les interruptions, car l'enfant a besoin de ses parents, ayant appris qu'il ne peut rien faire seul sans leur aide."
Cari Alvarez note aussi que cette habitude peut venir d'un "manque de structure". Non pas d'une éducation trop laxiste, mais d'une absence de "moment structuré pour qu'ils puissent exprimer leurs préoccupations et poser leurs questions ; ils ont donc l'impression qu'ils n'en auront jamais l'occasion à moins d'interrompre". La psychologue recommande ainsi d'instaurer une sorte de "réunion familiale" pour les impliquer plus souvent dans le "processus décisionnel" à la maison, et leur donner ce sentiment d'être écoutés.
Plusieurs experts soulignent aussi une autre explication : le mimétisme. Dans sa théorie de l'apprentissage, le psychologue Albert Bandura a prouvé que les enfants agissent comme des miroirs, reproduisant les faits et gestes des adultes qui les entourent. Les adultes ayant eux-mêmes la fâcheuse habitude de couper la parole, entre eux comme avec les plus jeunes, les enfants apprendront que c'est la norme. La solution ? S'excuser devant eux lorsqu'on interrompt quelqu'un, qu'il ait 5 ans ou 50 ans.
D'ailleurs, pour contrer cette mauvaise habitude, les parents ont souvent le réflexe de dire "Je suis en train de parler, attends 5 minutes". Mais comme l'explique la pédiatre Catherine Gueguen dans son livre Pour une enfance heureuse, l'enfant a une mémoire de travail très courte : s'il a une idée, il doit la sortir immédiatement au risque de la voir disparaître, ce qui crée une angoisse. De plus, les petits ont du mal à conceptualiser le temps, "5 minutes" ne représentant pas grand chose pour eux.
Les psychologues recommandent alors plusieurs astuces : soit rendre l'attente plus "visuelle" en posant une question de type "Est-ce que c'est urgent ou est-ce que ça peut attendre que la grande aiguille soit tout en haut ?", soit apprendre à l'enfant à poser calmement sa main sur le bras ou l'épaule du parent lorsqu'il a besoin de parler. Le parent pose alors sa propre main par-dessus celle de l'enfant. Ce simple contact physique lui signifie : "Je t'ai senti, je sais que tu attends, je finis ma phrase et je suis à toi." Se sentant pris en compte, l'enfant parvient à patienter sans crier. Et c'est tout ce qu'on souhaite.