"Je suis une maman hélicoptère et mon enfant a peur de tout" : un psy ne voit qu'une solution

Léa, de nature anxieuse face au danger, est consciente de surprotéger son fils. Résultat : il n'ose pas faire les choses et a peur de tout. Témoignage et conseil de Vincent Joly, psychologue.

"Je suis une maman hélicoptère et mon enfant a peur de tout" : un psy ne voit qu'une solution
© bedya

Les parents hélicoptères ont tendance à surprotéger leur enfant, à l'image d'un hélicoptère qui survole au-dessus de lui, prêt à intervenir au moindre danger ou à la moindre contrariété. Mais ce comportement n'est pas vraiment bénéfique pour l'enfant et c'est justement ce dont Léa, maman de Jules, 4 ans, commence à réaliser. De nature anxieuse, elle confie au Journal des Femmes qu'elle a tendance à toujours lui dire de "faire attention", pour éviter les petits et les gros bobos. Les bras quasi tendu en permanence (au cas où) pour lui éviter le pire, le rattraper à temps ou le consoler... "Je me rends compte que je lui ai communiqué mon anxiété : il a peur de descendre certains toboggans, d'escalader, de grimper ou de nager seul (même avec les brassards) alors que des enfants plus petits que lui le font sans problème. Dans certains situations, il est carrément tétanisé si je l'incite à tenter des choses par lui-même", nous confie Léa. 

Pour Vincent Joly, psychologue, "être anxieux est un état de fait, on ne peut que le constater, mais on ne peut pas changer. Les troubles anxieux ont souvent une origine familiale" qui peut se transmettre depuis plusieurs générations. "Si on a une maman et un papa axieux, cela va avoir tendance à amplifier le fait que les enfants le soient aussi", nous explique le psychologue. En effet, si on est constamment dans des messages de prudence ou de mise en garde permanents ("Attention, tu vas te faire mal"), l'enfant va avoir l'impression que le monde extérieur est trop risqué et cela peut avoir pour conséquence "des troubles phobiques, des enfants craintifs, qui vont avoir du mal à aller vers les autres".

Pour éviter d'en arriver là, il n'y a pas "36 solutions" mais le conseil du psychologue semble être la plus adéquate pour ces mères "hélicoptères" qui veulent éviter de communiquer leur peur. "Pour élever un enfant, il faut plusieurs adultes (mère, père, grands-parents, éducateurs sportifs, parrains ou marraines, enseignants...) car il est important que l'enfant entende d'autres voix d'adultes qui aient un autre rapport au monde". Si vous avez peur qu'il fasse du roller ou du skate-board par exemple, laissez le père ou un autre adulte prendre le relai pour ces activités un peu plus périlleuses. Et c'est justement le constat qu'a fait Léa : "en vacances chez son papi, mon fils a fait de l'accrobranche, ce qui était impossible à mes côtés", témoigne-t-elle.

Autre point important : "l'anxiété de la maman doit être nommée, il faut dire les choses à son enfant : "moi jai peur pour toi, mais ton père, ça va". Ainsi, en situant l'anxiété ("c'est moi qui ait peur, ce n'est pas le monde qui est dangereux"), on va alors diminuer l'anxiété" conseille Vincent Joly. Et inutile de faire semblant de ne pas avoir peur : "ça ne marche pas du tout", note Vincent Joly. "On le voit tout de suite, surtout les enfants, qui entendent le non verbal".

Ce qui compte aussi, "c'est de voir si son enfant s'est déjà mis réellement en danger, s'il a souvent le bras cassé, s'il y a une véritable prise de risques", mais si on sent qu'il n'y a pas de raison d'avoir peur, autant le laisser faire ses propres expériences. Apprenez aussi à relativiser : "on a tendance à oublier qu'un enfant a un centre de gravité bas et qu'il ne tombe pas de très haut. La plupart du temps, quand un enfant tombe, ce n'est pas grave s'il a le réflexe "parachute" (en mettant ses mains et ses bras devant pour se protéger).

Alors, si vous êtes une mère un peu trop craintive et que vous estimez que votre enfant a peur de s'aventurer vers de nouvelles expériences, "le plus simple, c'est de passer le relai à un autre membre de la famille ou un autre adulte en qui vous aurez confiance" recommande le psychologue.

Merci à Vincent Joly, psychologue pour enfants et adolescents.