"Il a avalé sa langue ?" : ce que cache le silence de votre enfant face aux invités

Quand il est avec ses parents, l'enfant décrit ce qu'il observe, discute de tout et de rien, raconte des histoires… Mais dès qu'une autre personne est là, plus un mot. Beaucoup de pères et de mères peuvent observer ce phénomène qu'une psy nous explique.

"Il a avalé sa langue ?" : ce que cache le silence de votre enfant face aux invités
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C'est une situation qui peut intriguer les parents : leur enfant, qui parle d'habitude très bien, se tait soudainement quand il y a des invités, quand il rencontre une nouvelle personne, quand il va chez le médecin… Caroline, maman de Paul (3 ans), a pu le remarquer lors de leur dernier rendez-vous chez la pédiatre : "Mon fils est un vrai moulin à paroles mais, là, il n'a pas prononcé un seul mot. J'étais très étonnée, et c'était au point qu'elle a cru qu'il ne savait pas parler, alors qu'il s'exprime parfaitement bien".

Comme Caroline, beaucoup de parents ont déjà vécu ce genre de scènes, en pensant qu'il s'agissait tout simplement de timidité. Aline Nativel Id Hammou décrypte pour nous ce phénomène, et commence par nous expliquer qu'il est important de l'appeler par son nom : mutisme sélectif. "Il faut sortir de l'image que c'est un enfant qui a des problèmes de langage ou de communication, puisque quand il n'est pas dans certains contexte, il va réussir à parler. Ce n'est pas un trouble de l'opposition non plus, ni un refus intentionnel. J'entends parfois des parents dire que c'est un caprice, qu'il fait du cinéma, que c'est un jeu. Mais ce n'est pas le cas, c'est une forme d'anxiété, de phobie sociale bien spécifique : la peur de prendre la parole face à certains types d'environnements ou de personnes", souligne cette psychologue pour enfant.

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L'experte invite à conscientiser que l'élément déclencheur de ce mutisme sélectif est la peur : "Ce n'est pas l'enfant qui a la volonté de ne plus parler, c'est qu'il fait face à quelque chose qui le submerge, qui fait que ce mécanisme de silence se met en place, comme une forme de stratégie qu'il ne maîtrise pas vraiment". Quand cela se produit, il est capital de ne pas avoir une réaction négative (gronder, punir, se moquer…), car cela va rajouter une pression. Aline Nativel Id Hammou recommande de se demander ce qui provoque cette anxiété (inhibition, hypersensibilité, angoisse de la performance ou de se conformer aux attentes, mimétisme des parents anxieux ?), mais aussi d'adopter une attitude positive.

Il n'y a pas que le langage oral, il y a aussi le langage corporel : "Si votre enfant n'arrive pas à dire bonjour, mais qu'il fait un sourire destiné à la personne, on s'en accommode". Ensuite, on va "exposer son enfant de façon progressive et graduelle". La psychologue explique : "Par exemple, si on sait que son enfant a peur de demander du pain à la boulangère, quand on va à la boutique, dans un premier temps, on va déjà essayer de dire bonjour. On va lui montrer comment on fait en lui expliquant). En étant dans une forme de coaching bienveillant, pour l'aider au fur et à mesure à réussir à entrer dans une interaction verbalisée. Et il faut toujours valoriser ce que l'enfant essaye de faire". Si elle reconnaît que la frontière entre "encourager, motiver, et forcer" est parfois floue, il faut être vigilant à ne pas normaliser l'anxiété pour ne pas favoriser un évitement, ce qui va "le conforter dans le fait qu'il a raison d'avoir peur".

Aline Nativel Id Hammou recommande également de ne pas parler à la place de son enfant. En revanche, il est possible de désamorcer la situation en disant quelque chose à l'interlocuteur (d'autant plus si celui-ci exprime un point de vue négatif sur la situation), en faisant attention et à avoir le bon ton et en l'accompagnant d'un geste de soutien, ce qui répondra en même temps à un besoin de l'enfant : "Savoir que son parent n'est pas un adversaire, mais un soutien".