Avoir le nez sur son smartphone en présence des enfants : ce triste message qu'on leur fait passer sans s'en rendre compte

Chaque jour, nous détournons le regard de nos enfants pour l'offrir à un écran. Ce geste, devenu un réflexe, cache pourtant une réalité douloureuse pour leur développement, explique une psychothérapeute.

Avoir le nez sur son smartphone en présence des enfants : ce triste message qu'on leur fait passer sans s'en rendre compte
©  mayaporto

Nous connaissons tous cette scène : un e-mail professionnel qui s'affiche, une vidéo qui défile sur un réseau social, ou une discussion entamée qu'il faut absolument poursuivre. Qu'il s'agisse d'une urgence réelle ou d'une simple habitude mécanique, notre smartphone est devenu le prolongement de notre main. Nous avons un mal fou à nous en passer, au point que ce geste se transforme en un automatisme, y compris durant ces instants précieux où nous devrions être pleinement présents en famille, avec nos enfants. 

Les exemples de ce quotidien fragmenté sont partout. C'est ce père ou cette mère, assis sur le banc d'un parc, qui ne quitte pas son écran des yeux pendant que son petit joue, quitte à en oublier les règles élémentaires de sécurité. C'est ce dîner de famille, à table, où le téléphone posé près de l'assiette vibre et capte toute l'attention. Pire encore, c'est ce moment où l'enfant pose une question, cherche une validation ou un réconfort, et se heurte à un mur : le parent, totalement absorbé, ne l'entend même pas. Les anglophones ont donné un nom très précis à ce phénomène : le "phubbing", une contraction de phone et snobbing pour parler de l'acte d'ignorer royalement une personne physique au profit de son écran.

Interrogée par le média HuffPost UK, la psychothérapeute Anna Mathur tire la sonnette d'alarme sur l'impact de cette mauvaise habitude chez les plus jeunes. Au-delà du fait de donner le mauvais exemple en matière de consommation excessive d'écrans, nous envoyons un signal terrible à nos enfants : nous leur montrons, inconsciemment, qu'ils sont moins importants qu'une simple vidéo TikTok ou qu'un fil d'actualités. Les conséquences psychologiques sont pourtant profondes. "Les enfants apprennent leur propre valeur à travers l'attention de leurs parents. Lorsque le téléphone gagne systématiquement la compétition pour capter notre regard, les enfants peuvent commencer à assimiler le message qu'ils sont moins importants, moins intéressants, moins dignes d'intérêt que tout ce qui se trouve sur cet écran", explique la thérapeute. À terme, ce manque d'attention visuelle affecte directement l'estime de soi de l'enfant, sa capacité à réguler ses émotions et altère la qualité de ses relations avec les autres... Des séquelles qui peuvent le poursuivre jusqu'à l'âge adulte.

Pour briser ce cercle vicieux et réapprendre à lâcher nos écrans, Anna Mathur propose des conseils concrets et faciles à mettre en œuvre. Elle suggère notamment l'utilisation d'applications de blocage pour rendre l'accès au téléphone physiquement impossible durant les plages horaires où les enfants rentrent de l'école. Si l'on doit impérativement utiliser son téléphone pour une tâche précise, comme faire les courses en ligne, la thérapeute conseille de verbaliser notre action à voix haute : "Je suis juste en train d'ajouter quelque chose à la liste de courses". Cela crée une forme de responsabilité et évite de dériver vers les réseaux sociaux. Enfin, elle recommande de recréer de la distance physique avec l'appareil en le laissant dans une autre pièce ou sur le comptoir de la cuisine plutôt que dans sa poche.

Aussi, il ne s'agit pas de culpabiliser aveuglément les parents, souvent submergés par la charge mentale de la vie moderne. Comme le rappelle avec bienveillance la thérapeute, "le phubbing est rarement le signe qu'un parent ne se soucie pas de son enfant. C'est le signe que nous naviguons tous dans un paysage technologique pour lequel notre cerveau et notre corps n'ont pas été conçus". Cependant, la prise de conscience doit mener à l'action. La thérapeute nous invite à prendre un engagement simple mais d'une puissance infinie : lorsque votre enfant entre dans la pièce ou commence à vous parler, levez les yeux, fixez son regard et manifestez votre présence. "Cela prend trois secondes et cela leur dit absolument tout sur la place qu'ils occupent dans votre monde".