Pourquoi les mamans ont-elles plus de mal à voir la ressemblance avec leur bébé, alors que c'est évident pour les autres ?

Alors que les proches repèrent immédiatement "le nez du père" ou "le regard de la mère", beaucoup de jeunes mamans peinent à dire à qui ressemble leur bébé. Un décalage que les psychologues expliquent très simplement.

Pourquoi les mamans ont-elles plus de mal à voir la ressemblance avec leur bébé, alors que c'est évident pour les autres ?
© lopolo / 123RF

Quand Romy est née, Alexia, 30 ans, n'a pas cherché à savoir à qui elle ressemblait. "Tu as déjà du mal à assimiler le fait que ce soit ton propre enfant, alors la ressemblance… trop dur !", nous raconte cette jeune maman. Plusieurs mois après l'accouchement, elle hésite encore quand on lui demande de qui sa fille a hérité ses traits. Certains proches assurent que Romy est "son portrait craché", d'autres voient "un vrai mix" entre ses deux parents. Elle, continue de naviguer entre plusieurs impressions. "Ils changent tellement vite que je trouve que cela dépend des jours et des expressions du bébé", souligne-t-elle.

Dans les maternités, les débats sur les ressemblances démarrent parfois avant même que le bébé ait ouvert les yeux. Chacun y va de sa comparaison. Pourtant, les mères sont nombreuses à ne pas voir ce qui semble si évident à leur entourage. Stéphanie Maquet, psychologue spécialisée dans les liens d'attachement, nous confie que cela n'a rien d'inquiétant. "Il me parait normal qu'une mère ait des difficultés à voir une ressemblance de son bébé avec elle-même, étant donné que l'on voit plus - et que l'on connaît souvent mieux - le visage de ses proches que le sien propre." Résultat : certaines mères repèrent plus facilement des traits du père, d'un grand-parent ou d'un frère que les leurs. La spécialiste rappelle aussi que, pour une mère, la question de la ressemblance n'est pas forcément centrale au départ. "La mère sait que cet enfant est le sien et n'a donc pas besoin de se rassurer par sa ressemblance physique avec lui." À l'inverse, l'entourage cherche souvent à situer le bébé dans une histoire familiale, presque comme un réflexe collectif.

Le contexte du post-partum joue aussi un rôle important. Les premiers jours avec un nouveau-né ne ressemblent pas à une séance d'observation attentive devant un miroir de famille. Entre la fatigue, les nuits coupées, les hormones et le bouleversement émotionnel, beaucoup de femmes traversent une période où tout paraît un peu flou. "La fatigue profonde produit une forme de dissociation légère : on est là sans être vraiment là, on regarde sans vraiment enregistrer", nous explique la psychologue Capucine Canal-Chastel. Certaines mères racontent même avoir l'impression de découvrir leur bébé progressivement, comme si le lien mettait du temps à devenir concret. Cela ne veut pas dire qu'elles aiment moins leur enfant. Au contraire. "Le lien ne tombe pas du ciel à la naissance. Il se construit, parfois lentement", rappelle la spécialiste. Stéphanie Maquet ajoute que cette période fragilise beaucoup de mères : "70% à 80% des femmes se sentent déprimées quelques jours après l'accouchement." Dans cet état de fatigue, certaines peuvent avoir du mal à être totalement disponibles émotionnellement, ce qui influence aussi leur perception du bébé.

Les remarques de l'entourage peuvent aussi brouiller les pistes. Quand tout le monde affirme voir une ressemblance évidente, la mère peut finir par se demander pourquoi elle ne la perçoit pas elle-même. Alexia le reconnaît : elle ressent surtout "une petite fierté" quand quelqu'un lui dit que sa fille lui ressemble, mais les avis contradictoires l'amusent autant qu'ils la perdent. D'autant que les bébés changent très vite durant les premiers mois. Une expression, un sourire ou un regard peuvent rappeler une personne un jour, puis disparaître la semaine suivante.

Mais les photos viennent parfois remettre les choses en perspective. "Aujourd'hui je vois quelques ressemblances avec les photos de moi petite, mais ce n'est pas flagrant pour moi, alors que c'est une évidence pour tout le monde", dit-elle. Pour Capucine Canal-Chastel, les commentaires de l'entourage ne sont jamais complètement neutres : "Quand la mère ne ressent pas encore ce que tout le monde semble voir avec évidence, ces remarques peuvent creuser un sentiment douloureux d'exclusion." Pour les psychologues, cette difficulté à se reconnaître dans son bébé révèle surtout quelque chose de très concret : une mère ne regarde pas son enfant comme les autres le regardent.

Là où les proches cherchent des indices physiques et des ressemblances familiales, elle est plongée dans une relation beaucoup plus intime, sensorielle et quotidienne. "Le lien se construit d'abord dans le corps, pas dans le regard", résume Capucine Canal-Chastel. Également, dans l'odeur du bébé, sa façon de dormir, ses pleurs, le rythme des journées partagées. La ressemblance physique devient généralement plus visible avec le temps, quand le quotidien s'apaise et que la mère peut enfin prendre du recul sur ce qu'elle voit. C'est exactement ce que décrit Alexia : "Nous sommes ensemble au quotidien alors nous avons du mal à prendre du recul et observer les similitudes, comme lorsqu'on ne les voit pas grandir." En réalité, si les autres remarquent parfois plus vite la ressemblance, c'est peut-être simplement parce qu'ils observent le bébé de loin, avec un regard plus détaché.