Enseigner ne suffit plus : pourquoi des professeurs se tournent vers les CRS
Confrontés à un climat scolaire parfois imprévisible, de nombreux enseignants se tournent vers une formation d'un nouveau genre. Oubliez la pédagogie classique, ils apprennent maintenant aux côtés des forces de l'ordre.
Quand les élèves sont un peu trop dissipés en cours, on se souvient tous d'avoir entendu un prof dire : "Je ne suis pas là pour faire la police !" Et pourtant. La sécurité à l'école est devenu un vrai problème de société. Si la gestion de classe a toujours fait partie du quotidien des enseignants, le métier connaît aujourd'hui une mutation profonde face à la dégradation du climat scolaire et à l'agressivité des élèves, voire des parents d'élèves. Si l'apprentissage des mathématiques ou du français reste bien sûr le cœur de la profession, un diplôme de l'Éducation nationale ne semble plus suffire à préparer les professeurs à la vie du quotidien dans un collège ou un lycée.
Certains personnels d'établissements scolaires en viennent même à se tourner vers des formations étonnantes, pour faire face aux nouveaux risques du métier qu'ils n'avaient probablement pas envisagés en se tournant vers une carrière auprès de jeunes adolescents. Nos confrères de M6 et de RTL ont suivi l'un de ces stages "pas comme les autres"... mené par des CRS de la police nationale. Voilà déjà plusieurs années que ce concept existe, mais il était surtout destiné aux directeurs d'établissements jusqu'ici. Désormais, la demande "explose" du côté des professeurs, qui sont de plus en plus nombreux à vouloir apprendre à se protéger en classe.
En effet, le but de cette formation gratuite proposée par certains syndicats comme l'UNSA par exemple, c'est de savoir réagir en cas d'agression au couteau de la part d'un élève. Un phénomène malheureusement de plus en plus fréquent dans les établissements scolaires. Les formateurs apprennent donc aux participants à reculer face à un adolescent armé, à protéger leurs organes vitaux, ou encore à se munir de n'importe quel objet pouvant aider à faire barrage comme une chaise, une grande règle ou même un parapluie.
D'autres conseils concrets sont prodigués : ne laisser aucun objet pouvant servir à blesser quelqu'un sur son bureau, à l'instar d'une simple tasse à café par exemple, ou bien ne pas recevoir les parents d'un élève seul dans son bureau au cas où la situation puisse, là aussi, dégénérer. Le tout étant de développer des réflexes pour se protéger, mais aussi pour protéger les autres élèves de la classe.
En définitive, le succès de ces stages prouve l'ampleur du phénomène et le climat de peur qui s'est installé dans nos collèges et lycées. Si ces formations pratiques offrent des outils concrets pour rassurer les équipes pédagogiques face à l'imprévu, elles soulèvent aussi une question de fond sur l'évolution du métier. C'est tout le défi de l'accompagnement des professeurs qui se pose aujourd'hui pour leur permettre de se concentrer sur leur mission première : l'enseignement.