Karine doit indemniser son squatteur : en voulant récupérer sa maison, elle se retrouve condamnée
Karine a retrouvé sa maison squattée par un homme, mais ses démarches administratives ne l'ont pas aidée à le déloger. Alors, elle a trouvé une autre solution, qu'elle doit payer aujourd'hui. Elle se confie dans le reportage Envoyé spécial consacré aux squatteurs, diffusé ce 23 avril à 21h10 sur France 2 et France TV.
En France, 7 propriétaires sur 10 ont peur de voir leur logement squatté par des inconnus, en leur absence ou lors de leur retour de vacances. Karine, âgée de 55 ans, a découvert sa maison familiale occupée lorsqu'elle en a hérité au décès de son père. "C'est une maison familiale qui appartenait avant à ma grand mère. J'en ai hérité au décès de mon papa. Je comptais la vendre, c'était une maison qui me permettait de solder mes frais de succession auprès de l'administration fiscale, et si je ne vendais pas, je me retrouvais dans une grosse galère financière. J'ai découvert à ce moment là qu'elle était squattée", témoigne-t-elle dans le documentaire Envoyé Spécial présenté par Elise Lucet et diffusé ce jeudi 23 avril à 21h10 sur France 2 et france.tv.
L'homme en question raconte aux journalistes de France 2 avoir repéré cette maison avant de s'y installer : "J'ai dormi pendant 4 ans à la rue sous les ponts à Bordeaux, c'était très dur. Si vous saviez le nombre de personnes qui vivent à la rue et qui en ont marre. Ici, ce sont tous des "bourgeois" avec des maisons abandonnées. On ouvre les maisons, on les squatte, c'est normal !", dit-il. L'été, il avoue même louer l'une des chambres à des jeunes, 300 euros par mois. Conscient être dans l'illégalité, il semble aussi parfaitement connaître les failles de ce système : "je ne suis pas responsable des lois, je suis protégé par la loi, il y a des lois qui protègent les squatteurs", ajoute le squatteur qui est parvenu à changer en toute simplicité les serrures et l'électricité en modifiant le contrat à son nom.
"C'est quand même inadmissible qu'il change le compteur et profite de tout le confort", s'insurge Karine. Car de leur côté, les fournisseurs d'électricité précisent qu'"aucune disposition légale ou règlementaire n'impose aujourd'hui aux fournisseurs d'énergie de procéder, en amont de la contractualisation, à la vérification de l'occupation légitime du logement pour lequel un prospect effectue une demande de souscription à un contrat d'énergie". Quand elle découvre sa maison squattée, Karine fait pourtant tout dans les règles : elle porte plainte immédiatement à la gendarmerie pour violation de domicile. "Naïvement, je me disais que quand il irait faire ses courses et sortirait de la maison, je ferai changer les serrures, mais les gendarmes m'ont rétorqué : "vous n'avez pas le droit de rentrer chez LUI, sinon on vous embarque".
Alors, qu'en est-il de la récente loi anti-squat 2023 censée sortir un squatteur en 72 heures en faisant appel au préfet ? Là encore, c'est la douche froide pour Karine, qui était "confiante" et avait l'espoir d'obtenir gain de cause. Après avoir réuni tous les papiers demandés, la préfecture de Gironde refuse sa demande d'expulsion faute de preuves. "C'est le monde à l'envers : on est obligé de prouver que quelqu'un s'est introduit illégalement, alors que cette personne n'a ni bail, ni titre de propriété, rien !"
Désespérée et pressée de vendre cette maison pour payer ses droits de succession, Karine bascule alors dans l'illégalité. "Je suis tellement démunie que j'en parle beaucoup sur les réseaux sociaux, je reçois beaucoup de témoignages, et un jour, j'ai un appel d'une personne qui me dit "je peux vous le sortir". Karine se tourne alors vers des hommes de main pour déloger son squatteur. "J'ai payé 5000 euros, deux personnes sont venues, l'ont sorti de la maison, ils se sont battus sur le trottoir, et à ce moment là, la police est arrivée".
Depuis, l'homme a déposé plainte contre Karine, elle a été jugée pour complicité de violences aggravées. Mais le squatteur n'a pas fait le déplacement lors du jugement au tribunal. La juge a alors condamné Karine à un an de prison avec sursis et celle-ci doit désormais verser 600 euros de dommages et intérêts à son squatteur, en plus d'avoir aujourd'hui un casier judiciaire. "J'ai été jugée pour la bêtise que j'ai faite, mais je voudrais que les gens se rendent compte qu'on peut facilement basculer du mauvais côté, qu'on en paye le prix, mais qu'à ces squatteurs, on ne leur fait rien, il faudrait que ça bouge !" a-t-elle déclaré à l'issue de son jugement. Finalement, Karine a tout de même réussi à vendre sa maison à un promoteur, mais avec une décôte de 10% à cause de la présence du squatteur.
