Crèches privées : "on vend du rêve aux parents"

Le reportage diffusé mercredi dans Pièces à conviction dresse un état des lieux accablant des crèches privées. La Fédération Française des Entreprises de Crèches réagit suite au documentaire. Mais que se passe-t-il vraiment derrière les murs des crèches privées ?

La création de nouvelles places en crèche est une mesure très attendue des parents et des professionnels de la petite enfance. S'il s'agit du mode de garde le plus répandu pour les bébés, de plus en plus de collectivités abandonnent les crèches municipales au profit de crèches privées. Les enfants apprennent alors à se socialiser, à s'épanouir et à grandir, sous l’œil attentif de professionnels qualifiés, et en toute sécurité. Pourtant, dans certains établissements, la réalité laisserait à désirer. Selon l'enquête Pièces à Conviction, diffusée mercredi 5 février sur France 3, des employées et responsables ont décidé de briser le silence et témoignent des conditions au quotidien. Le reportage mené dans plusieurs villes de France, notamment à Aix-en-Provence, en Loire Atlantique, dans le Val d'Oise, en Seine et Marne, à Paris, et dans l'Est à Pont-à-Mousson font le même état des lieux. 

"Des usines à bébés"

Ces professionnels de la petite enfance dénoncent les problèmes de sous-effectif, comme cette employée qui doit gérer seule 15 ou 20 enfants, alors qu'elle n'est censée s'occuper que de 8 bébés tout au plus. Certaines crèches se contentent de répondre uniquement aux besoins essentiels : les repas, les couches, et les siestes des enfants. Par conséquent, la pédagogie, le développement, et la stabilité, indispensables au bien-être des bébés, manquent cruellement. "Aujourd'hui, on a le sentiment de faire de la garderie", témoigne une des employées. Des éducatrices et puéricultrices dénoncent par ailleurs une garde à la chaîne dans des "usines à bébés", tandis que d'autres qualifient ces crèches privées de "maltraitance institutionnelle".

La rentabilité avant le bien-être des bébés ?

Ces crèches privées bénéficient de financement publics à hauteur de 6,5 milliards d'euros. Selon l'enquête Pièces à conviction, ces crèches pratiquent souvent une "politique de rentabilité" qui pousse à remplir ces établissements au détriment de la qualité d'accueil des tout-petits et de leur bien-être. "On prend des risques pour la santé des enfants et pour leur sécurité", déclare une ancienne directrice de crèche. Les économies semblent également se faire lorsqu'il s'agit de changer les couches des bébés, ou pour la gestion des repas. Ainsi, pour éviter le gaspillage, les crèches prennent en compte les éventuels absents ou les enfants qui mangent peu ou moins que les autres.

La Fédération Française des Entreprises de Crèches réagit

"Ces exceptions ne font pas la règle et ne doivent pas permettre de jeter l'opprobre sur tout un secteur, des équipes et des entreprises engagées au quotidien au service de l'éveil et de l'accompagnement des jeunes enfants", tient à préciser dans un communiqué la Fédération Française des Entreprises de Crèches, suite à la diffusion du reportage. La FFEC, qui comprend 80 000 places en crèches, tient également à rassurer les parents. "Chaque jour, 33 000 professionnels de la Petite Enfance accueillent avec professionnalisme, humanité et bienveillance les enfants dans la période charnière des 1000 premiers jours de leur vie". Ce qui met tout le monde d'accord en revanche, c'est le manque de places en crèche, que le gouvernement promet de créer. "La France compte 446 000 places de crèches pour 2,2 millions d'enfants de moins de 3 ans. Il manque 230 000 places de crèches en France. Et, les objectifs du gouvernement de créer 30 000 places de crèches entre 2018 et 2022 ne seront pas atteints : seulement 1 800 places ont été crées en 2018, soit 6% de l'objectif quinquennal", précise la FFEC.

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