Plus discret que Bernard Arnault, ce Carcassonnais passé des cartables d'école au luxe est derrière le sac français le plus désiré
Ce Carcassonnais a dépoussiéré cette maison séculaire oubliée pour en faire la marque de sacs la plus convoitée à l'international. Carla Bruni, Rihanna : toutes les célébrités l'ont à leur bras.
Eclipsé par des fashionistas au style atypique et/ou des vêtements tendance qui inondent l'espace public, le monde de la mode regorge aussi d'histoires de gloire qui ne demandent qu'à être transmises. Ainsi, côté entrepreneuriat, on ne manque pas de success stories dans l'industrie, aussi instructives que les fables de La Fontaine. Parmi elles, celle d'un homme qui est passé d'une marque de cartables d'enfant vendue en supermarché, aux sacs de luxe ultra confidentiels valant plusieurs milliers d'euros l'unité. Au cours de sa carrière, il a gagné toutes les générations, toutes les classes sociales, et ses produits se sont retrouvés à la fois sur le dos des marmots et au bras des ultra riches de ce monde. Aujourd'hui, il est la 156e fortune de France avec près de 900 millions d'euros (Challenges). Pourtant, on en parle beaucoup moins que ses confrères Bernard Arnault ou encore François Henri Pinault. Son nom ? Jean-Michel Signoles. Pas de Une de magazine ni d'interviews télévisées ; juste un homme discret, loin des projecteurs, dont le parcours force le respect.

En 1967, alors qu'il n'a que 17 ans, l'entrepreneur lance, à Carcassonne, la marque que toutes les petites filles ont un jour portée pour crâner à la cour de récré : Chipie. Sur les cartables à roulettes, les sacs à dos, les trousses ou les stylos, trône fièrement ce même petit chien tout mignon avec son foulard rouge autour du cou. Une marque qui repose d'abord sur la fripe et sur les jeans et qui, par le biais de licences successives, se développera ensuite sur tous types de produits (du linge de maison à la papeterie). Elle finira par peser 500 millions de francs en 1999 et 40 millions d'euros en 2000.
En 1999, fort de ce succès et alors que sa marque est au sommet, il fait le choix stratégique de la revendre au groupe de prêt-à-porter Zannier (devenu Kidiliz) pour se concentrer sur la récente acquisition d'un poids lourd de la maroquinerie de luxe : Goyard. Encore ultra confidentielle, la marque n'a qu'une seule boutique parisienne avec deux employés au moment où Jean-Michel Signoles en fait l'acquisition. Elle en compte aujourd'hui près de 36 dans le monde, de Biarritz en passant par Hong Kong.
Sous l'impulsion du sudiste, la maison Goyard revient au cœur des tendances. Après un demi-siècle de suspens, il ressuscite, dès 1998, la Goyardine ; cette iconique toile qui habille chacun des sacs de la griffe. Le "Saint Louis", son sac cabas ultra identifiable à ce motif all-over sur toile enduite, ainsi que d'autres modèles de sacs, sont désormais portés par de grandes stars mondiales tels que Bella Hadid, Carla Bruni ou encore Rihanna.

Passionné par le célèbre malletier depuis des années, il se murmure qu'il en collectionne les modèles (près de 700 à son actif) depuis qu'il a repéré une jolie malle de voyage chez un brocanteur, en 1974. Son acquisition est donc loin d'être le fruit d'un opportunisme, mais bien plus d'une passion pour le produit et pour la griffe.
Un sacré sens du business qui permettra d'ailleurs au malletier jadis oublié d'être surnommé le "petit Hermès". Aujourd'hui, alors que Goyard est au sommet de sa gloire, on n'entend plus du tout parler de la marque de cartables. Simple hasard ? Certainement pas. Son aura business aura probablement manqué au petit chien adorable.