Les passagers l'ignorent, ces dispositifs insolites protègent les avions d'un incident au décollage

Au décollage et à l'atterrissage, les aéroports redoublent d'ingéniosité pour faire face à un risque souvent méconnu des voyageurs.

Les passagers l'ignorent, ces dispositifs insolites protègent les avions d'un incident au décollage
© koljambus

C'est l'une des phases les plus critiques d'un vol, et pourtant, les voyageurs ignorent totalement ce qui s'y joue. Pour protéger les avions lors du décollage et de l'atterrissage, les aéroports doivent faire face à une menace constante. Et si l'on connaît les grands dangers qui planent sur la sécurité aérienne, à l'origine de la multiplication des contrôles à l'embarquement, il y en a un dont on ne se soucie jamais en tant que passager : les oiseaux. Eh oui, on s'imagine qu'un petit volatile ne représente pas un gros risque pour un colosse de 70 tonnes de métal... Et pourtant.

À une vitesse d'environ 450 km/h, percuter un oiseau d'à peine deux kilos équivaut à recevoir un projectile de plusieurs tonnes sur le moteur ou le nez de l'appareil. Les conséquences, matérielles et humaines, sont donc démultipliées. Bien sûr, à son altitude de croisière, un avion a peu de chances de rencontrer des oiseaux, mais au décollage et à l'atterrissage, le risque est bien présent : rien qu'en France, on compte chaque année plus de 600 collisions lors de vols commerciaux, selon les chiffres de la Direction générale de l'aviation civile, dont 90 % se produisent justement à ces moments. C'est pourquoi les aéroports redoublent d'ingéniosité pour parer à ces collisions, et protéger par la même occasion la biodiversité environnante. 

C'est le seul en France à utiliser des faucons pour protéger les avions © Aéroport Nantes Atlantique

L'aéroport de Nantes a mis en place un dispositif unique en France : il possède sa propre fauconnerie. Quatre buses et un faucon patrouillent chaque jour pour repousser les autres oiseaux avant le décollage ou l'atterrissage des avions. D'autres aéroports internationaux, comme à Madrid, à Londres, à Singapour, à Mexico, ou encore à Vancouver par exemple, œuvrent aussi avec des rapaces. Dans la ville d'Edmonton, également au Canada, c'est même un faucon mécanique qui arpente le ciel pour éloigner ses "congénères" de la trajectoire des avions.

De son côté, le groupe des Aéroports de Paris emploie des "effaroucheurs", aussi appelés agents de prévention du risque animalier, qui utilisent diverses techniques : d'un côté "des cris de détresse d'oiseaux préenregistrés" diffusés autour des pistes, ainsi que "des fusées détonantes, crépitantes ou sifflantes tirées depuis un pistolet propulseur". L'environnement lui-même est pensé jusque dans les moindres détails "pour ne pas favoriser l'installation" des quelques 90 espèces d'oiseaux recensées aux alentours : aucun arbre n'est présent, les points d'eau sont "sécurisés" et l'herbe est coupée "plus ou moins haute en fonction des zones et des saisons".

D'autres aéroports à travers le monde ont développé leurs propres méthodes insolites, comme c'est le cas à Charleston en Virginie-Occidentale, aux États-Unis. Comme le rapporte le Washington Post, deux employés d'un autre genre y travaillent : il s'agit de Ned et Hercules, des "chiens de protection de la faune" qui vivent dans l'aéroport et courent autour des pistes pour disperser les volatiles. Et à l'inverse, ils doivent rester immobiles pendant les décollages et atterrissages, afin d'éviter que des oiseaux effrayés ne foncent sur les avions. Grâce à eux, le nombre de collisions a baissé de 70 % ! Le travail de ces deux Border collies est d'ailleurs très apprécié sur TikTok et Instagram, où ils cumulent près de 78 000 abonnés. 

Tout aussi improbable : pour gérer les éventuels dommages causés par les oiseaux, les avions subissent des crash tests avant leur mise sur le marché... à l'aide de "canons à poulet". Comme l'explique TF1, "des oiseaux morts sont projetés sur l'appareil à plus de 700 km/h" pour vérifier la résistance aux collisions. "Le moteur doit pouvoir absorber jusqu'à trois volatiles d'un kilo et demi", et les pilotes sont formés à ce type précis d'incidents, indique l'expert en aviation Michel Polacco à nos confrères. Quand on sait que les collisions avec des oiseaux ont déjà causé des drames humains, ces méthodes insolites apparaissent plus que vitales pour la sécurité des passagers et du personnel aérien.