+38 % de dépenses au supermarché : ce n'est pas dans les rayons que tout se joue, mais dans vos oreilles

On connaît déjà les astuces visuelles que les supermarchés utilisent pour nous pousser à la consommation... mais les stratégies marketing ne s'arrêtent pas là. Après la vue, un autre de nos sens est subtilement manipulé pour nous faire dépenser plus.

+38 % de dépenses au supermarché : ce n'est pas dans les rayons que tout se joue, mais dans vos oreilles
© hryshchyshen

Dans les boutiques de vêtements, dans les concessions automobiles, dans les casinos, dans les cinémas, dans les aéroports ou encore dans les supermarchés... Tout est pensé dans les moindres détails pour influencer les clients et les pousser à l'achat. Un parcours conçu pour vous faire rester plus longtemps, des odeurs diffusées pour vous donner envie, des produits "pas cher" installés près des caisses pour attirer votre œil dans la queue : les exemples sont infinis.

C'est tout le principe du "marketing sensoriel". Alors que notre cerveau s'appuie d'abord sur des éléments rationnels comme le prix ou les caractéristiques d'un produit pour décider d'acheter, les marques utilisent cette stratégie pour court-circuiter notre réflexion, afin que les émotions et l'instinct prennent finalement le dessus sur la logique. Nos sens sont constamment manipulés, bien au-delà de la vue ou de l'odorat. Et cela passe aussi par l'ouïe. Eh oui, vous l'avez forcément déjà remarqué en faisant vos courses : il y a de la musique au supermarché. Mais elle n'est pas choisie par hasard !

©  maksimovatatiana

Les grandes enseignes étudient de très près le tempo de leur playlist pour manipuler subtilement notre perception du temps et notre vitesse de déplacement, et donc, nos tendances d'achat. Ce n'est pas une simple légende urbaine, plusieurs études l'ont déjà prouvé. Dans les années 80, le chercheur Ronald Milliman a mené une expérience en conditions réelles dans un grand supermarché en testant trois situations : sans musique, avec une musique rapide (plus de 92 BPM) et avec une musique lente (moins de 72 BPM). Dans son étude intitulée "Utiliser la musique d'ambiance pour influencer le comportement des clients dans les supermarchés", publiée dans le Journal of Marketing, il révèle que les jours où la musique diffusée avait un tempo lent, le magasin enregistrait 38,2 % de ventes en plus par rapport aux jours de musique rythmée. Sous une musique lente, les gens ralentissent inconsciemment leur pas. En marchant moins vite, ils passent plus de temps devant les rayons, ce qui augmente drastiquement la probabilité d'un achat impulsif.

Plus récemment, en 2023, une autre étude est venue confirmer ce constat. Des chercheurs de l'Université de Bath, au Royaume-Uni, ont découvert que la musique de fond gonflait la facture de plus de 10 %... mais uniquement du lundi au jeudi. En semaine, les clients font souvent leurs courses après le travail et sont donc plus fatigués. Une musique douce et agréable agit comme un "anti-stress" qui désactive leur vigilance budgétaire. Le week-end, l'effet est presque nul car les clients sont déjà détendus et plus rationnels. 

Vous l'aurez compris, même en appliquant des méthodes efficaces pour économiser sur ses courses, nos cerveaux sont tellement influençables qu'une simple musique d'ambiance peut suffire à gâcher tous nos efforts ! Peut-être vaut-il mieux parcourir les rayons avec ses propres écouteurs et des chansons au tempo rapide... ou bien se rendre au supermarché le week-end, quand le stress du travail est moins susceptible de se répercuter sur notre portefeuille.