Dépression post-partum : les pères ont 30% de risques en plus à ce moment précis

Après la naissance d'un enfant, de nombreux jeunes parents développent des troubles dépressifs. Mais chez les papas, ces symptômes apparaissent bien plus tard qu'on ne le pense, à un stade spécifique de la vie du bébé.

Dépression post-partum : les pères ont 30% de risques en plus à ce moment précis
©  koldunovaaa

L'arrivée d'un enfant est sans nul doute un moment bouleversant, à bien des égards. Tous les parents le diront : la vie change du tout au tout dès l'instant où ce petit être sans défense vient agrandir la famille. Car malgré sa taille dérisoire, le bébé prend une place immense dans le quotidien des jeunes parents. Mais au-delà de la vague de bonheur qui frappe la majorité des nouveaux pères et mères, une naissance s'accompagne aussi souvent de fatigue physique et émotionnelle, de stress ou d'angoisse, voire parfois de solitude. Tant de signes qui peuvent annoncer le début d'un "baby blues", ou pire, d'une dépression post-partum. Aujourd'hui, selon l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), jusqu'à 20 % des mères et 10 % des pères présentent des symptômes dépressifs dans les deux mois suivant la naissance de leur enfant.

Si l'on sait depuis longtemps que les papas sont eux aussi sujets à la dépression et aux troubles liés au stress après l'arrivée d'un bébé, une nouvelle étude scientifique montre que leurs symptômes se développent bien plus tard que ce que l'on pensait. Fin mars 2026, des chercheurs de l'Institut Karolinska en Suède et de l'Université du Sichuan en Chine ont publié les résultats de leurs travaux menés sur plus d'un million de pères, dont les enfants sont nés entre 2003 et 2021. Ils ont étudié la fréquence à laquelle ces hommes ont reçu un nouveau diagnostic de dépression, entre l'année précédant la grossesse de leur compagne et le premier anniversaire de leur enfant. Et le risque augmente considérablement à un moment précis de la vie de l'enfant.

D'après cette étude, les pères sont moins susceptibles de développer des troubles dépressifs pendant la grossesse ou dans les premiers mois suivant l'accouchement. C'est en réalité au bout d'un an après la naissance que le risque augmente fortement : le nombre de diagnostics a alors bondi de 30 %. Anxiété, consommation d'alcool et de drogues, stress... Les taux sont bien plus élevés qu'avant la grossesse, démontrant un véritable impact de la paternité sur la santé mentale des hommes. Donghao Lu, auteur principal de l'étude, rappelle ainsi qu'il est essentiel de "prêter attention aux signes avant-coureurs longtemps après la naissance de leur enfant", et pas seulement dans les débuts.

Justement, comme elle survient plus tard, on parle alors de dépression post-natale plutôt que de dépression post-partum, qui par définition apparaît dans les semaines suivant l'accouchement. Si les premiers mois de l'enfant sont souvent considérés comme les plus difficiles, l'après induit aussi des changements importants : la fatigue s'accumule, la relation de couple évolue (pas toujours dans le bon sens), la pression financière s'installe... Certains pères peuvent aussi se sentir mis à l'écart par rapport au lien qui unit la mère et le bébé, et développer un fort sentiment de solitude.

En somme, "la transition vers la paternité s'accompagne souvent d'expériences positives, mais aussi de nouvelles sources de stress. La relation avec leur partenaire peut s'en trouver affectée et la qualité du sommeil peut se détériorer, ce qui peut contribuer à un risque accru de troubles mentaux". Les chercheurs de l'étude soulignent par ailleurs que, bien que la dépression post-natale soit moins documentée que chez les mères et donc moins prise en charge, le bien-être des pères n'en est pas moins important, "pour eux-mêmes comme pour toute la famille". En effet, d'autres recherches montrent que la dépression paternelle peut accroître le risque de problèmes de santé mentale chez la mère et l'enfant plus tard. Autant d'éléments qui appuient l'importance d'une surveillance accrue, et continue, de tous les jeunes parents après une naissance.