"C'est la chose la plus dangereuse qu'un parent puisse publier sur les réseaux" et ce n'est ni une photo ni une vidéo

Sur les réseaux sociaux, les parents font attention aux photos, aux visages, aux lieux. Pourtant, une information partagée presque machinalement présenterait un risque majeur.

"C'est la chose la plus dangereuse qu'un parent puisse publier sur les réseaux" et ce n'est ni une photo ni une vidéo
©  nateemee / 123RF

Instagram compte plus de 375 000 publications de ce type sous un même hashtag. Des posts qui récoltent parfois des millions de "j'aime". Cette manière de raconter la vie de ses enfants en ligne a un nom, le "sharenting", et elle s'est installée dans les usages. Montrer un moment important, officialiser un événement, écrire quelques lignes et cliquer sur "publier". Le geste paraît évident et pourtant il est particulièrement dangereux.

Lucinda Rose, conseillère parentale, a récemment lancé une alerte sur TikTok. Elle ne parle ni d'images compromettantes ni de vidéos mal interprétées. Elle vise un type d'information précis, intégré presque automatiquement dans ces publications. Selon elle, ces posts font partie des contenus les plus risqués pour les enfants. Son raisonnement est direct : les fraudeurs numériques ne cherchent pas des souvenirs attendrissants, ils cherchent des éléments exploitables. Des données qui permettent d'ouvrir un compte, de contracter un crédit ou de bâtir une identité fictive crédible.

La banque Barclays partage cette analyse et rappelle que les escrocs collectent en permanence des informations personnelles disponibles en ligne. Nom, adresse, situation familiale, coordonnées électroniques : chaque détail peut servir. Plus ces informations sont accessibles et cohérentes entre elles, plus l'usurpation devient simple à mettre en place. "Grâce aux réseaux sociaux, il n'a jamais été aussi facile pour les fraudeurs de recueillir les informations clés nécessaires pour usurper l'identité d'une personne", déclare Jodie Gilbert, responsable de la sécurité numérique chez Barclays. Elle insiste sur un point simple : réfléchir avant de publier et vérifier régulièrement ses paramètres de confidentialité.

Le problème avec l'identité d'un enfant, c'est qu'elle peut être exploitée longtemps sans être détectée. Un crédit ouvert frauduleusement en son nom ne sera souvent découvert qu'au moment d'une première demande de prêt, parfois des années plus tard. Entre-temps, les données ont circulé, été revendues, croisées avec d'autres informations disponibles publiquement. Beaucoup de parents ignorent que, mis bout à bout, certains détails suffisent à constituer un profil administratif complet. Car, effectivement, "les annonces de naissance suivies du nom complet de l'enfant sur les réseaux sociaux sont deux des choses les plus dangereuses qu'un parent puisse publier sur les réseaux sociaux", alerte Lucinda Rose.

Ces deux informations administratives combinées suffisent à poser les bases d'une usurpation d'identité. Et lorsque les chiffres révèlent que 7,4 millions de cas d'usurpation d'identité pourraient être enregistrés chaque année d'ici la fin de la décennie, ça incite d'autant plus à revoir ses pratiques en ligne.