Pénurie de profs : vers un assouplissement des affectations ?

Face à la pénurie annoncée de professeurs, des assouplissements sont appréhendés pour faciliter la mobilité et les volontés d'affectation des enseignants, dans le but de pérenniser leur présence dans les rangs de l'Education nationale.

Pénurie de profs : vers un assouplissement des affectations ?
© lightfieldstudios

La pénurie de professeurs est un des défis majeurs de l'Education nationale, particulièrement cette année où 4000 postes n'ont pas été pourvus aux concours enseignants. Et si le métier souffre d'une baisse d'attractivité, le dernier rapport de la médiatrice de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur Catherine Becchetti-Bizot en révèle ainsi certaines causes. Ainsi, les processus d'affectation, trop hasardeux et cloisonnés, et le manque de mobilité, étaient un frein pour pérenniser le personnel enseignant au sein de l'Education nationale, et encourager de nouveaux candidats à y entrer. Elle préconise ainsi certaines améliorations.

Comment éviter la pénurie de profs à la rentrée ?

Dans un rapport publié lundi 25 juillet 2022, 600 saisines par le personnel enseignant faisaient l'objet de contestations d'affection ou de problème de mobilité au cours de l'année 2021. Pour encourager de nouveaux candidats à entrer dans le professorat sans être refroidi par une affectation trop hasardeuse, Catherine Becchetti-Bizot, médiatrice de l'Education nationale estime par ailleurs que l'épanouissement des enseignants au travail est lié à leur motivation. Lieu d'affectation, mobilité, reconnaissance et évolution de carrière sont des facteurs à prendre en compte : "Si on veut garder les enseignants à leur poste, avoir des candidats motivés, ça n'est pas en les emprisonnant dans des académies qu'on va réussir à les retenir", a-t-elle expliqué à l'AFP. En effet, "être éloigné ou séparé trop longtemps de son conjoint ou de ses enfants, ne pas pouvoir s'occuper d'un parent vieillissant ou handicapé (…) sont des sources renouvelées de souffrance et de démotivation pouvant avoir des répercussions dommageables sur la carrière des personnes (périodes de disponibilité, arrêts de travail à répétition, perte d'années de cotisation pour la retraite), mais aussi, à plus long terme, sur l'équilibre du système éducatif (manque d'attractivité, démissions)". De fait, une réflexion s'impose pour faire évoluer le statut d'enseignants contractuels pour le "rendre plus décent", ajoute la médiatrice.

Par ailleurs, le cas des personnes ayant tardivement intégré l'Education nationale, et "traités exactement comme des jeunes qui viennent de passer le concours" est aussi à revoir selon Catherine Becchetti-Bizot. Cette dernière recommande de considérer dans le barème leurs compétences acquises au cours de leurs expériences professionnelles, leurs parcours antérieurs et leurs situations familiales. Est ainsi préconisé dans le rapport de " mieux attirer les compétences et favoriser les mobilités entrantes", d'" identifier et valoriser des parcours d'enseignants avec des profils seniors et apporter une réponse à la problématique de leur recrutement".

Un professeur dans chaque classe à la rentrée ?

De son côté, le ministre de l'Education nationale se veut rassurant sur la crainte d'une pénurie de professeurs à la rentrée scolaire. "Il y aura un professeur devant chaque classe dans toutes les écoles de France. Nous faisons ce qu'il faut pour (...) Nous avons un problème de recrutement, un problème ancien mais qui s'est aggravé ces dernières années, avec cette questions des rémunérations, qui ne sont objectivement pas à la hauteur de ce que l'on peut attendre", a expliqué assure Pap Ndiaye ce 7 juillet 2022 sur France Inter.

Pap Ndiaye avait également proposé ce 25 juin un système de compensations des heures entre collègues. "Nous voulons faire en sorte qu'une absence du professeur d'histoire-géographie par exemple soit compensée par, disons, son collègue de français. Mais attention, pas pour que le professeur de français fasse de l'histoire-géographie ! Il utilisera ces heures pour faire une double dose de français, et quand le collègue d'histoire-géo reviendra, il compensera en prenant sur les heures de français", a expliqué le ministre de l'Education nationale dans le Parisien. Une proposition qui ne convainc pas du tout les syndicats comme le SNUEP-FSU, qui représente les professeurs de l'enseignement professionnel public, qui aimerait que l'Education nationale recrute plutôt que de surcharger les professeurs en poste.

En quoi consiste le libre-recrutement des professeurs ?

A Marseille, où s'est rendu le 2 juin 2022 le ministre de l'Education nationale Pap Ndiaye, c'est le libre-recrutement des professeurs par les établissements eux-mêmes qui est expérimenté. Là encore, cette méthode de recrutement ne convainc guère. La CGT Éduc'Action y voit une manière d'opacifier tout un système en favorisant le clientélisme, et de territorialiser l'école. De fait, les communes les plus riches pourraient se payer les meilleurs profs, entraînant inégalités scolaires et sociales.