Jeux vidéo : les parents n'ont pas conscience de ce véritable danger lors d'une partie en ligne
Les parents ont tendance à limiter l'usage des réseaux sociaux, mais rares sont ceux à se douter à quel point le danger peut venir des jeux en ligne. Entretien avec Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l'Enfance.
Face à la multiplication des risques en ligne, la plupart des parents ont réflexe d'encadrer rigoureusement la vie numérique de leurs enfants. Entre limitation du temps d'écran et installation de logiciels de contrôle parental, la vigilance se concentre prioritairement sur les réseaux sociaux afin de protéger les plus jeunes des prédateurs et du cyberharcèlement. Cette prise de conscience collective a d'ailleurs trouvé un écho institutionnel fort en France, où le gouvernement a officiellement interdit l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Pourtant, cette attention quasi exclusive masque une menace tout aussi préoccupante et bien moins identifiée : celle des jeux vidéo. Selon Sarah El Haïry, Haute-Commissaire à l'Enfance que nous avons interrogée, de nombreux parents ignorent à quel point ce secteur touche désormais les enfants dès le plus jeune âge. Derrière des univers ludiques en apparence inoffensifs se cachent en réalité des pièges bien plus pervers et insidieux que ceux des réseaux sociaux traditionnels. "Là où on est parfois vigilant en se disant "les réseaux sociaux, c'est Facebook, Twitter, TikTok, Snapchat ou Instagram... En fait, pas du tout !" nous rappelle la Haute-Commissaire à l'Enfance. "Sur ces plateformes de jeux en ligne où ils ont des communautés, les joueurs discutent parfois avec des inconnus. Mais il ne faut pas oublier que sur ces outils de jeux en ligne collaboratifs, il y a des prédateurs", prévient-elle.

"Il y a des jeux vidéo destinés aux enfants où l'on a le taux de présence de pédocriminels le plus élevé au monde : on a 750.000 pédocriminels en ligne, et eux n'ont pas de frontière !" déclare-t-elle. Y accéder est d'ailleurs très simple : "ils vont utiliser le nom et prénom parfois l'image de jeune enfants de 8 ans-9 ans, en disant à l'autre son âge, lui donner rendez-vous et faire des guet-apens : voilà la réalité de ce qu'il se passe sur un certain nombre de jeux vidéo". Malheureusement, il est donc quasi impossible pour un jeune joueur de voir arriver le danger : "Ce sont des jeux qui sont faits pour eux : ils sont hyper enfantins, il n'y a pas de violences particulières, sauf que les intentions des gens qu'ils vont croiser sur ces espaces sont, elles, très particulières et elles sont pour le coup en situation de prédation".
"On ne se permettrait pas de laisser une personne de 50 ans parler à un enfant de 8 ans dans la rue, ça choquerait tout le monde, mais pourquoi pas en ligne ?" interroge Sarah El Haïry qui propose de nouvelles règles à imposer pour mieux préserver les enfants des personnes malveillantes. "Peut être qu'il faut des espaces réservés aux moins de 13 ans, des espaces entre 13-15 ans et des espaces pour les plus grands ou plus de 18 ans... Mais on ne peut pas laisser le monde numérique comme un "Far West". Les mineurs sont plus vulnérables, il faut les préserver et leur accorder des espaces qui sont plus protecteurs" estime-t-elle.
Elle conseille également aux parents d'être dans le dialogue : "il faut d'abord leur demander de nous montrer ce qu'ils font et comment pour mieux comprendre leur monde. Il ne faut pas être naïf, il faut surtout être très vigilant, beaucoup discuter, accepter plus que jamais de faire avancer les lois, de poser de nouvelles règles de protection comme des majorités numériques".