Adult Only ou No Kids : ce qu'il se passe si vous allez quand même dans ces lieux avec vos enfants

Que se passe-t-il concrètement si, en tant que parent, vous décidez de braver l'interdit et de vous présenter dans l'un de ces établissements avec vos enfants ? La loi française est-elle vraiment de votre côté ? La Haute-commissaire à l'Enfance Sarah El Haïry nous répond.

Adult Only ou No Kids : ce qu'il se passe si vous allez quand même dans ces lieux avec vos enfants
© Vernier Jean-Bernard/JBV News/ABACA

Alors que la tendance des espaces "Adults Only" ou "No Kids" ne cesse de se développer dans les trains, les hôtels et restaurants, les autorités haussent le ton. Début juillet 2026, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a officiellement demandé l'interdiction pure et simple de ces espaces sans enfants, les qualifiant de discriminatoires. Lors d'un entretien accordé au Journal des Femmes, la Haute-commissaire à l'Enfance Sarah El Haïry dénonce ces pratiques et estime qu'il faut y mettre fin. "Il ne faut pas minimiser ce que ça signifie : ce sont des endroits qui interdisent l'accès aux enfants ou qui refusent de vendre la prestation. Ça signifie qu'on autorise le fait de ne pas vendre un service ou d'accueillir une partie de la population. D'abord ça tombe sous le coup de la loi, et ça s'appelle de la discrimination. Ça veut dire qu'on exclut les familles, les enfants et parents, on considère que ce sont des "sous-êtres".

Attention, derrière cette tendance qui vient de l'étranger, des pays américains ou asiatiques, "ça dit quelque chose de comment on considère l'enfant dans notre société. Est-ce qu'on le considère comme un accessoire, comme un objet ou au contraire, comme un sujet de droit à part entière ?", questionne Sarah El Haïry. Face à cette situation, une question cruciale se pose pour l'avenir de nos espaces publics : que risquent réellement ces établissements s'ils maintiennent leur interdiction aux familles avec enfants ?

Jusqu'à présent, les parents faisaient comme tous les autres : si un établissement précise qu'il est uniquement réservé aux adultes, alors, ils ne se risquent pas à réserver ni à s'y présenter avec leurs enfants. "En fait, non, on ne va pas aller ailleurs, c'est finalement là qu'il y a une question de société", nous répond la Haute-commissaire à l'Enfance. D'ailleurs, la loi est claire : si vous réservez un hôtel adult only en vous y présentant avec vos enfants et qu'ils vous refusent l'accès, il est possible de "l'attaquer en justice pour discrimination". En revanche, il n'est pas interdit pour un établissement d'adapter les usages dans certaines situations. Par exemple, une piscine peut être ouverte aux familles le matin et être réservée aux adultes l'après-midi : "c'est une manière d'adapter les usages à chacun, chaque clientèle va trouver son bonheur et son plaisir. Mais interdire l'accès à un lieu ou interdire l'accès total à un service, ce n'est pas la meme chose". 

"On ne peut pas dire "on pleure notre natalité" et regretter qu'il y ait de moins en moins d'enfant, mais en même temps faire peser sur les épaules des parents une charge et un jugement culpabilisant absolument massif" regrette Sarah El Haïry, faisant référence à la récente polémique concernant les wagons réservés aux adultes. "Vous ne pouvez pas prendre le train sans que quelqu'un rouspète parce que votre enfant a bougé ou fait du bruit, mais ce nest pas une question d'éducation : ce sont des enfants, ils ont besoin d'aménagement et donc, oui, pour beaucoup de parents, on va plutôt passer le trajet entre les deux wagons, c'est ça la réalité. Quand on va se voir refuser l'accès à une terrasse, on va aller dans un autre établissement. Mais en fait on n'est pas obligé d'accepter ça, je crois qu'il est temps de dire aujourd'hui, ce n'est pas une tendance comme une autre, ce n'est pas une offre marketing, c'est quelque chose qui fracture profondément notre société et nous n'avons pas à le subir".

Pour Sarah El Haïry, le véritable enjeu est d'adapter l'accueil à hauteur d'enfant, notamment en aménageant son restaurant ou son café, avec des endroits pour ranger les poussettes, des chaises-hautes ou rehausseurs, mais surtout un peu de bienveillance vis-à-vis des parents. Début juillet avait lieu la deuxième édition "Le Choix des Familles", un prix qui récompense les établissements les plus kids friendly. Ainsi, les cafés, restaurants, commerces, lieux culturels, hébergements ou sites touristiques sont désignés par les familles qui évaluent elles-mêmes ceux qui rendent leur quotidien plus simple grâce à des attentions concrètes et un accueil adapté.