L'empathie des enfants doués, entre don et fardeau

L'empathie des enfants doués ne se limite pas à une simple compassion ; elle est une résonance viscérale avec le monde, capable de percevoir la moindre souffrance mais aussi d'exposer à de redoutables prédateurs. Entre don de lucidité et faille émotionnelle, comment apprivoiser cette hypersensibilité pour qu'elle ne devienne pas un fardeau ?

L'empathie des enfants doués, entre don et fardeau
© dmitryag

On ne s'étonne plus de l'empathie manifestée par les enfants doués : elle ferait partie de leur personnalité dominée par des émotions qu'ils ne savent pas toujours contrôler et de leur hypersensibilité. Ils semblent souffrir pour mille situations qui ne provoqueraient pas même un frémissement chez les autres. Une fleur mourante, un arbre trop tourmenté les désolent et que dire d'un animal souffrant ou blessé. Il s'affligent sans réserve quand un de leur camarade est touché par un drame, on s'en étonnent, mais il faut savoir qu'ils ne pourraient pas rester indifférents. Leur nature même fait qu'ils ressentent profondément toute atteinte à l'intégrité physique ou morale d'un être vivant et parfois une poupée cassée les désole, elle aussi avait une âme puisqu'on l'aimait.

On comprend bien qu'ils sont incapables de harceler quiconque, d'infliger la moindre peine à qui que ce soit, mais évidemment la défense de la justice les oblige parfois à être plus durs qu'ils ne le souhaiteraient, c'est le prix de l'efficacité. Ils ont dépensé toutes leurs forces et tous leurs talents pour l'emporter dans une compétition sans succomber à la tentation de se ménager, ils sont vainqueurs, mais leur triomphe se teinte d'une ombre : la tristesse de perdants qu'ils ressentent avec acuité.

Ils doivent batailler longtemps avec eux-mêmes, on leur répète qu'il leur faut apprendre à gérer leurs émotions, mais on néglige les effets de cette empathie sans limites : plus tard, elle risque de faire d'eux la proie de pervers sans scrupules qui auront détecté cette stupide faille et qui l'exploiteront en ignorant tout remords. Cet imbécile trop gentil et trop crédule l'a bien cherché.

Toutes les fibres de leur être sont imprégnées par cette empathie : certes, elle fait d'eux la cible privilégiée des êtres malfaisants, mais elle leur permet de saisir les émotions, même profondément enfouies, de ceux qui les entourent, de comprendre des sentiments refoulés, de saisir des phrases non dites et de réagir en fonction de ce qu'ils ont si naturellement perçu qu'ils ne s'étonnent pas de cette clarté dans la compréhension des autres.

C'est l'incrédulité de certains, incapables de concevoir ce qui n'a pas été clairement énoncé, parce qu'ils sont foncièrement rationnels, logiques et cartésiens, disent-ils avec assurance, qui leur fait penser que cette caractéristique n'est pas partagée par tous, qu'elle serait même assez rare puisqu'elle surprend et semble inexplicable. On ne peut attribuer au hasard ces éclairs constants et toujours justes.

Ce n'est pas exactement de l'intuition, elle s'accompagne de douleurs profondes quand l'autre en ressent, en privant l'empathique des ressources permettant de combattre la souffrance, alors que celui qui souffre réellement trouve comment puiser en lui des moyens qui lui sont propres et qui peuvent l'aider et le soutenir.

Cette empathie échappe à tout raisonnement, d'ailleurs certains animaux qui ont l'habitude de partager la vie des humains en sont dotés : ils ne sont pas rationnels, ils n'ont pas un langage semblable à celui des hommes, mais ils saisissent parfaitement les sentiments des humains, ils les soignent même tout naturellement si la nécessité s'en fait sentir, ils les consolent et savent alléger toute peine, sans que personne ne s'étonne de ces réactions ni les mette en doute. C'est de l'empathie à l'état pur.

Trop empathique ou pas du tout, une incompréhension totale

A l'opposé, et de façon finalement encore plus surprenante, certaines personnes sont totalement dénuées d'empathie : elles se comprennent pas les réactions des autres et peuvent infliger des souffrances, morales ou physiques, sans avoir besoin de forcer leur nature. La nature même de l'empathie totale est difficile à saisir pour la plupart, mais l'absence complète de cette empathie est également difficile à concevoir. On parle de cruauté, de sadisme, les pervers en sont de parfaits exemples, en plus ils savourent les réactions qu'entraînent leurs méfaits, c'est leur aliment privilégié. On ne peut rien attendre de leur part, ils ignorent les remords et, s'ils expriment des regrets et s'adressent des reproches, c'est parce qu'ils se sont fait prendre dans l'exercice manifeste de leur perversité sans pouvoir la nier ou la justifier, mais ils continuent à rester indifférents à la souffrance qu'ils ont infligée.

Un univers entier sépare ces deux catégories, aucun dialogue n'est possible, c'est une incompréhension absolue de part et d'autre, les concepts ne sont pas les mêmes, le sens des mots employés pour communiquer est différent, celui qui en est dépourvu ne comprend absolument pas l'empathie de l'autre, il ne saisit pas les émotions qui l'accompagne, ce qui est évoqué comme un profond bouleversement lui semble futile, superficiel et sans fondement : un caprice passager en quelque sorte.

Ainsi, abandonner un animal qui a intimement partagé sa vie durant des années parce qu'il est devenu gênant ne pose aucun problème, il ne voit pas pourquoi il devrait en éprouver une quelconque culpabilité et il estime stupide et enfantin celui qui s'insurge avec une indignation non feinte : il prétendrait compatir réellement à la douleur de l'animal abandonné, quelle niaiserie !

L'empathique plaide pour que l'ordre règne, en accord avec l'harmonie qui devrait guider le monde et il agit en sorte de préserver du mieux possible ce bon ordonnancement qui lui évite de souffrir, celui qui reste étranger à ces préoccupations désire préserver son ordre à lui, et il estime être dans son bon droit puisqu'il lui assure le plus grand confort. Les autres sont de dangereux utopistes puisqu'ils remettent en question sa conception de l'existence, alors qu'il a raison, il sait qu'on ne doit jamais mêler les sentiments à son quotidien ; on risquerait d'être empêtré dans un embrouillamini d'émotions, parfois intenses, toujours disproportionnées et surtout sans fondement.

Gérer l'excès d'empathie des enfants doués

La plupart des enfants doués, et les adultes qu'ils deviennent, doivent s'entraîner à lutter contre cet excès d'une empathie qui peut s'avérer génératrice de souffrance sans remède avéré. Seule une efficace maîtrise de ses émotions peut freiner les effets néfastes d'une empathie devenue trop envahissante. La raison doit impérativement l'emporter. Les techniques ne manquent pas, mais l'empathie est têtue, elle ne cède pas facilement le terrain, elle s'accroche au cœur et au corps tout entier. En combattre les effets est une activité de haute lutte, mais elle est possible et on peut en sortir victorieux : des moyens physiques, cérébraux, des exercices analogues à ceux que pratiquent les sportifs de haut niveau, aident celui qui désire faire avancer la société toute entière en créant une harmonie apaisante et non quelques individus qui cherchent surtout à profiter de ses bienfaits.

Conseils : il est préférable de ne pas attendre et de faire découvrir ces méthodes de contrôle pour aider un enfant trop empathique à cause du risque de harcèlement, mais cette même empathie peut être encouragée quand elle est bien maîtrisée, elle permet d'éviter les malentendus, sources de conflits, elle apporte une paix appréciable dans tout groupe.