"Ça met la puce à l'oreille" : une prof révèle le mot qui prouve qu'un devoir est écrit avec l'IA
Selon cette enseignante, un indice bien précis suffit à éveiller les soupçons.
Dans les salles de classe, la question de l'IA n'est plus théorique. Elle s'invite dans les copies, dans les exposés, parfois même dans les oraux. Pourtant, contrairement à ce que l'on imagine, les professeurs ne traquent pas des preuves techniques. Leur approche est plus intuitive, presque artisanale, et repose sur une lecture attentive des textes.
Pour Tiphaine Desprez, professeure de philosophie, tout commence par une forme d'habitude, acquise au fil des années à lire des copies d'élèves. "Quel que soit le moyen de détecter une utilisation de l'IA ça se fonde toujours sur l'expérience", explique-t-elle. Chaque copie s'inscrit dans une continuité : un style, des tournures, des réflexes d'écriture qui évoluent lentement mais restent reconnaissables. Quand ce fil se rompt, le doute apparaît. "Il y a l'expérience de ses propres élèves qui entre en jeu, car bizarrement l'élève brillant, il ne triche pas. Donc en réalité on a l'habitude de lire ce que fait tel ou telle élève, on reconnaît leur style d'écriture."

Ce lien entre un élève et sa manière d'écrire est central. Lorsqu'un devoir semble sortir de nulle part, sans rapport avec les productions habituelles, cela ne passe pas inaperçu. Et ce décalage est d'autant plus visible que les enseignants savent situer chaque élève, y compris dans ses limites. Une phrase très maîtrisée peut exister, mais pas chez n'importe qui, ni dans n'importe quel contexte. Par exemple, certains mots peuvent être révélateurs, non pas parce qu'ils sont impossibles, mais parce qu'ils ne correspondent pas au niveau réel de l'élève. La professeure explique que l'usage de termes spécifiques comme "façonner", par exemple, "met tout de suite la puce à l'oreille" dans une argumentation abstraite. Cela peut suffire à éveiller les soupçons lorsqu'il apparaît chez un élève qui ne les emploie jamais.
L'autre élément qui attire l'attention tient à la manière dont les textes sont construits. Les productions issues d'une IA présentent souvent une organisation très propre, presque trop régulière. Les idées s'enchaînent sans heurts, les arguments sont équilibrés, le ton reste constant du début à la fin. "La structure est très typique, le ton est très peu polémique, ils concluent toujours en disant que c'est multifactoriel", observe Tiphaine Desprez. Certains élèves tentent de corriger cela en demandant à l'IA d'introduire des erreurs, pensant rendre leur copie plus crédible : "C'est pour cela que des élèves demandent à l'IA d'ajouter des fautes, mais quand bien même, l'IA ne fera que des fautes de grammaire, ce n'est pas suffisant." Les maladresses, aussi, restent mécaniques.
Comme le résume l'enseignante, "en fait, même les excellents élèves hyper sérieux écrivent quand même comme des gens de 17 ans". C'est précisément là que se trouve le détail qui ne trompe pas. Un élève de 17 ans, même brillant, écrit avec une pensée en train de se construire, avec des choix de mots parfois hésitants, des formulations un peu maladroites, des répétitions qui trahissent le cheminement des idées. "C'est profond, c'est réfléchi, mais le choix des mots est toujours un peu maladroit, en sous-entendu, répétitif. On voit que c'est de la pensée en train de se construire." À l'inverse, une copie générée par une IA donne une impression de texte déjà abouti, lissé, où chaque phrase semble définitive.