Eva Thomas, violée par son père : 1ère à raconter l'inceste

Camille Kouchner a levé le voile sur le tabou de l'inceste. Eva Thomas, première femme à témoigner sur le sujet dans les années 80, est ravie de ce pas en avant. Retour sur l'histoire édifiante de l'ex-institutrice qui a raconté le viol de son père à visage découvert...

Eva Thomas, violée par son père : 1ère à raconter l'inceste
© Capture d'écran - Eva Thomas sur Antenne 2

C'est une petite victoire pour Eva Thomas. En 1986, elle avait été la première à raconter son inceste à la télévision française. Témoignant à visage découvert, elle expliquait avoir été violée par son père alors qu'elle avait 15 ans.
Plusieurs décennies plus tard, la courageuse défenseuse des droits des enfants s'est procurée avec hâte le nouveau livre de Camille Kouchner, La Grande Familia, dans lequel l'avocate raconte l'inceste qu'aurait fait subir Olivier Duhamel à son frère jumeau.
Ravie de cet élan de libération de la parole, elle a déclaré au Monde : "J'ai ressenti de la joie, comme avec Le Consentement, le livre de Vanessa Springora (sorti en 2020, ndlr). Je me suis dit: 'Ça y est, elle est sauvée'. Je sais ce que ça coûte de parler de l'inceste, le travail que ça demande. Parler permet de retrouver son identité, d'arrêter la danse permanente avec la mort. Je suis tellement contente. 2021 commence bien, c'est un petit pas de plus dans la prise de conscience de la société".

Eva Thomas, face au "déni collectif" de l'inceste

Pour Eva Thomas, le mur de briques que représente le tabou de l'inceste en France a été partiellement brisé par ce nouveau témoignage édifiant... du moins, pour l'instant. "L'inceste dérange tellement… C'est une sorte de déni collectif. On brise le silence, puis la société oublie vite et le déni se réinstaure. Alors, il faut en reparler", a-t-elle expliqué.

Si deux récentes enquêtes de l'Ined et d'Ipsos ont montré qu'un Français sur dix avait déjà été victime d'inceste, Eva Thomas se sentait bien seule au moment de raconter son histoire dans les années 80, notamment dans l'émission Les Dossiers de l'Ecran, diffusée sur Antenne 2 à l'époque. 

"J'ai sauté dans le vide en allant à cette émission. Ensuite, je me suis sentie portée par un combat collectif", s'est-elle souvenue. 

Eva Thomas : le jour où "'l'incompréhensible" s'est produit

Née d'une mère couturière et d'un père jardinier, Eva Thomas a grandi heureuse au milieu des doux paysages de Normandie, avec ses cinq frères et sœurs dont elle est l'aînée. Désireuse de devenir institutrice, elle intègre une école de religieuses et mène une vie d'adolescente relativement sage... jusqu'à ce que l'impensable ne se produise un été, alors qu'elle est en classe de troisième. 

"Tout d'un coup, de façon incompréhensible, mon père devient complètement autre et le lendemain redevient normal", a-t-elle raconté, expliquant que son père l'avait violée.

"Oubliez ça, mon enfant", lui aurait déclaré le curé de son école lorsqu'elle a osé lui faire part de l'atroce récit.

Prise de troubles alimentaires, paralysée par la peur de tomber enceinte, cette adolescente, auparavant si candide et pleine d'entrain, plonge dans un gouffre dont elle se croit prisonnière.

Eva Thomas : comment elle s'est reconstruite

Pour tenter d'oublier son passé, Eva Thomas se fabrique un avenir dans lequel elle se met au service des autres. D'abord institutrice dans un établissement religieux, puis professeure pour des enfants sourds et muets, elle s'installe au Tchad avec son compagnon et s'implique dans l'éducation des femmes du pays pendant quelques années. 

Devenue rééducatrice en psychopédagogie, Eva Thomas décide d'affronter ce passé qui la hante tant et écrit une lettre à son père dans laquelle elle ose mettre des mots sur son traumatisme. Celui-ci lui demande pardon. Elle, décide de changer de patronyme. Le tournant s'opère lorsqu'elle publie son ouvrage Viol du silence, en 1986.

La courageuse écrivaine , désormais âgée de 79 ans, n'a jamais porté plainte contre son père, décédé depuis une vingtaine d'années, puisque les faits étaient prescrits. Elle jugerait favorable un allongement de la prescription pour les victimes.