Aïssatou, 12 ans, milite contre les mariages forcés en Guinée

Elle est l'une des belles âmes du documentaire "Demain est à Nous" de Gilles de Maistre, en salles le 25 septembre. Aïssatou, 12 ans, milite ardemment contre le mariage forcé des jeunes filles guinéennes. Portrait d'une douce combattante.

Aïssatou, 12 ans, milite contre les mariages forcés en Guinée
© Apollo Films

Elle entre timidement dans la pièce, s'installe et sourit en coin. Aïssatou, née le 5 novembre 2006 à Conakry, en Guinée, cache presque sa tête dans son cou en répondant aux premières questions. A la voir ainsi, d'apparence chétive, on ne saurait soupçonner qu'une guerrière se tapit en elle. Prête à mugir. Une battante qui fait trembler de sa voix (pourtant douce) les fondations de son pays.
Dans son collimateur ? Les mariages forcés qui y sont légion et qui font figurer la Guinée parmi les dix nations les plus touchées par la question. "Chez moi, 52% des jeunes filles mariées le sont avant d'avoir 18 ans", lâche-t-elle. Pour cette benjamine d'une famille de trois enfants, dont le père est enseignant-chercheur en économie et la mère ingénieure frigoriste, le choc a opéré autour de 2016. "Une fille de ma classe a été forcée à se marier. Elle est tombée enceinte et n'a pas pu terminer l'année scolaire. C'est là que je me suis demandé comment je pouvais aider", se souvient-elle.

Aïssatou rencontre par la suite le Club des jeunes filles leader de Guinée, qui milite contre ces mariages, mais également contre les viols conjugaux et les mutilations génitales. "J'ai eu des réponses à mes questions grâce à cette ONG, dont je préside maintenant la thématique du mariage forcé", poursuit-elle avec une sérénité et un aplomb déconcertants. "J'ai vu les conséquences de tout ça, les douleurs obstétricales, les difficultés à l'accouchement, les césariennes… Quand l'homme te pénètre, ça devient un viol. Ces filles ne sont pas prêtes physiquement et mentalement à recevoir un homme. Nous ne sommes pas seulement nées pour être dans le foyer ou avoir des enfants. Ça m'énerve beaucoup."

Heureusement, Aïssatou n'est pas confrontée à cette menace. Ses parents sont contre cette pratique, dont elle explique la perpétuation par tradition, culture et religion. "Comme les ancêtres l'ont fait, ils font pareil alors que la science a montré que c'est nuisible pour notre santé. Ils ne sont pas obligés de nous traiter comme ça."      

Demain présidente ?

Son futur mari ? Aïssatou compte le choisir elle-même, sans que personne ne lui impose un destin. Et elle voudrait que ça soit pareil pour toutes ses concitoyennes.
Aux côtés des 500 membres de l'ONG le Club des jeunes filles leader de Guinée, elle n'hésite d'ailleurs pas à interrompre des convois de mariage en pleine rue pour déloger la mariée et la sauver. On le constate les yeux grand ouverts lors d'une séquence du documentaire Demain est à Nous, dans lequel Gilles de Maistre lui donne la parole, au même titre que d'autres enfants en passe de changer le monde.

Aïssatou, pendant la journée presse du film "Demain est à Nous". © Mehdi Omaïs

"On est menacées et harcelées quand on fait ça. On nous dit qu'on est mal éduquées, on nous insulte, on nous traite de filles de la rue, ils utilisent des mots qui nous touchent… Une fois, on sensibilisait des gens sur l'excision et, là, on a giflé la secrétaire chargée aux affaires extérieures. Malgré ça, on ne dévie pas de notre objectif et, depuis 2016, on a sauvé une trentaine de filles", se félicite-t-elle. Seul hic ? L'après n'est pas toujours facile pour ces dernières, qui ne sont pas toujours réintégrées dans leurs familles.

L'ONG a actuellement deux filles à sa charges. Difficile de tenir la distance quand on sait que ses membres se financent sur leurs propres et maigres deniers. L'Etat ne les aide pas.

Aïssatou voudrait disposer de plus de moyens pour mieux se battre et prendre soin des rescapées de cette tradition. Plus tard, elle aimerait être "journaliste internationale" et continuer à informer, à alerter l'opinion publique et à sensibiliser les esprits. Quand on lui parle d'un poste de présidente de sa nation ? Elle sourit. Timidement. Tout à coup, l'enfant semble avoir repris le pas. Pour quelques secondes. Ou minutes. L'innocence est encore là, quelque part, sûrement fragilisée par le vécu, par les combats. "Je rêve de construire de grandes écoles publiques dotées de bibliothèques, de salles de jeu, de terrains sport où les jeunes filles pourront s'épanouir et avoir une bonne formation", conclut-elle. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.  

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"Demain est à nous // VF"