Alors que la seconde main explose, cette pièce sous-estimée finit encore jetée à hauteur de 19 000 tonnes par an

Elle pourrait se vendre comme des petits pains, mais elle reste LA pièce oubliée de la seconde main.

Alors que la seconde main explose, cette pièce sous-estimée finit encore jetée à hauteur de 19 000 tonnes par an
© Reve.art en collaboration avec JDF

La seconde main souffrait d'innombrables tabous il y a quelques années. Pendant "longtemps, elle n'a pas été l'expression d'un choix, mais l'indice d'une privation."* Dans l'imaginaire collectif, elle était alors synonyme de "nécessité" voire même de "honte." Ces clichés ont, pour la plupart, été balayés d'un revers dans les années 2000. Les associations comme L'Armée du Salut et les militants écologistes ont en effet conféré au monde du vintage toute sa légitimité actuelle, la délestant de son "image de pauvreté" pour la décorer d'"une conviction partagée ou d'une possibilité revendiquée." 

Plus encore, la seconde main est désormais glamourisée par les fashionistas en quête de pièces de rareté - à un tel point qu'une poignée de spécialistes va même jusqu'à parler de gentrification. Malgré ces avancées, des réticences subsistent encore dans la société. Ainsi, une catégorie de vêtements a encore du mal à se frayer un chemin dans la seconde main : la lingerie. 

© Fahad Waseem / Unsplash

Si culottes ou autres dessous sont mis en vente sur Vinted, ils ont bien du mal à trouver acquéreur et ce, malgré les tentatives des vendeurs pour rassurer leurs potentiels acheteurs. Parmi les annonces de sous-vêtements vues sur l'application, nombre d'entre elles évoquent le fait de n'avoir "jamais porté" la pièce en question ou "seulement une fois, pas plus." Une Vintie aguerrie nous confie : "J'achète beaucoup en seconde main mais la lingerie, impossible. Je peux pas, j'ai un blocage. Dans mon esprit, ce n'est pas hygiénique." 

Paradoxalement, les vêtements de sport et surtout les maillots de bain, qui pourraient souffrir des mêmes clichés, n'ont pas les mêmes difficultés à s'écouler. Contactées par la rédaction, les fondatrices de Jaiio, service de mode de seconde main premium, l'expliquent comme suit : "Nous constatons que les maillots de bain se vendent très bien en seconde main, lorsqu'ils sont neufs ou en excellent état. Les clientes semblent beaucoup plus à l'aise avec cette catégorie, probablement parce qu'elle est déjà culturellement associée à une 'pièce de saison', moins intime dans l'imaginaire collectif." 

Un marché qui pourrait pourtant rapporter gros au porte-monnaie comme à la planète : selon les chiffres avancés par REC, entreprise française spécialisée dans le recyclage du polyamide, "19 000 tonnes de lingerie et de collants" sont jetées chaque année par les consommateurs français. 

Sur Jaiio, une catégorie "lingerie" existe, certes, mais "elle reste aujourd'hui assez niche. Cela s'explique principalement par notre politique de sélection : nous acceptons uniquement les pièces neuves avec étiquette dans cette catégorie, pour des raisons évidentes d'hygiène, de qualité et de réassurance client." Parmi lesdites pièces, des sous-vêtements haut de gamme : soutiens-gorge Livy à 50 €, nuisettes La Perla ou Lise Charmel à environ 60 €, body Dior à 120 €…

Mais même neuves et contrôlées en amont par les experts de la plateforme, elles ont du mal à se vendre, admettent les fondatrices : "La lingerie reste un angle mort de la seconde main. Les clientes pensent encore très peu à la revendre ou à lui offrir une seconde vie. Nous pensons qu'il existe un vrai potentiel pour certaines de ces pièces très premium, neuves ou jamais portées, notamment des pièces achetées dans la mauvaise taille, reçues en cadeau ou jamais utilisées." Dans une époque où chaque euro est compté, la lingerie sera-t-elle bientôt le nouvel eldorado des aficionados du vintage ? Les débats sont ouverts !

*NAÏT MAZI, Maurane, Seconde main, une nouvelle économie des objets, Edition Les Pérégrines, 2026