Congé menstruel en Espagne : la "fin des douleurs des règles au travail"

La nouvelle fait grand bruit: l'Espagne a fait voter un avant-projet de loi visant à instaurer un congé menstruel en cas de règles douloureuses. Une première en Europe et la démonstration que "la santé menstruelle fait partie des droits sexuels et reproductifs de la femme".

Congé menstruel en Espagne : la "fin des douleurs des règles au travail"
© Kesinee Srisura

"C'en est terminé du tabou, de la stigmatisation, de souffrir en silence. Aujourd'hui, nous sommes le premier pays d'Europe à reconnaître les droits à la santé menstruelle." Ces mots sont ceux d'Irene Montero, ministre espagnole de l'Égalité depuis janvier 2020. À 34 ans, la jeune femme sait donner de la voix pour parler au nom de toutes les femmes de son pays, et surtout celles souffrant de dysménorrhée, mot savant pour évoquer les règles douloureuses.

Loi sur le congé menstruel en Espagne : "Terminé de travailler dans la douleur!"

"Terminé de travailler dans la douleur, de se bourrer de médicaments pour pouvoir aller travailler. Terminé de devoir dissimuler ses douleurs au travail." Déterminée, la femme politique précise ainsi sa fierté de voir l'Espagne "reconnaître dans une loi que la santé menstruelle fait partie des droits sexuels et reproductifs de la femme." Précurseurs en la matière, nos voisins hispaniques le sont aussi dans leur approche obstétrique à la pointe, notamment à travers l'accessibilité à l'IVG et les grossesses médicalement assistées.

Congé menstruel pour règles douloureuses : ce devrait être "une semaine entière!"

Cette nouvelle de l'instauration par le législateur d'un congé menstruel est plébiscité par les Espagnols, qui voient ici une formidable opportunité de sensibiliser la population. "Ça parait parfaitement normal, comme n'importe qui aurait un problème de santé qui nécessiterait un jour de congé", explique une femme à la presse espagnole, comme le relaie Matthieu Belliard dans l'émission C à Vous. Un homme face caméra s'insurge en expliquant que cela devrait même pouvoir être "une semaine entière".

Un congé qui stigmatiserait encore plus les femmes?

Ce projet de loi risque bien de faire des émules dans le reste de l'Europe, tant les problématiques liées à la santé féminine sont au coeur des sujets actuels. Pourtant, au micro de C à Vous, la porte-parole de l'association Osez le Féminisme, Fabienne El Khoury temporise en expliquant les potentiels retours de flamme. Car si d'un côté, cette loi permet de rendre visibles les souffrances des femmes et personnes indisposées, "cela peut être un frein à l'embauche. Il y aura toujours des employeurs qui vont dire "Elle pourrait tomber enceinte, s'absenter plusieurs jours", ça peut stigmatiser les femmes". 

Vers la fin du tabou des règles?

Cet avant-projet de loi a le mérite de valoriser le discours entourant la santé des femmes et leurs prises en charge. Depuis quelques années, les femmes sont bien décidées à ne plus subir en silence et à sortir de l'invisibilisation, avec notamment des discours de normalisation des règles: pour faire cesser le tabou, ne plus avoir honte d'être "indisposée", ni de faire passer un tampon à sa collègue sous le manteau comme s'il s'agissait d'un go fast. Réussir à sortir des clichés sans avoir peur d'évoquer sa souffrance sous peine d'être cataloguée.

Règles douloureuses : investir dans la recherche car "votre douleur n'est pas normale"

Bien sûr, l'on entend au loin le ronron des réactionnaires, ceux qui considèrent que "les règles ne sont pas une maladie", les mêmes qui considèrent déjà que "la grossesse n'est pas une maladie". Ceux qui pensent pouvoir disposer du corps des femmes et décider pour elles. Les règles doivent être normalisées, les protections hygiéniques doivent être accessibles à toutes, les souffrances des femmes doivent d'être entendues.

Un nouveau chapitre qu'évoque Fabienne El Khoury, en préconisant "d'investir dans la recherche pour mieux traiter les douleurs, votre douleur n'est pas normale." L'Espagne ouvre la voix d'un monde où les personnes souffrant de douleurs menstruelles ont le droit de dire qu'elles ont mal, mais aussi d'être entendues dans leurs souffrances.