Congé menstruel : avancée en règle ou fausse bonne idée ?

Neuf femmes sur dix aimeraient ne plus avoir leurs règles, selon un sondage pour Intimina. Dès le 28 mai, Journée mondiale de l'hygiène menstruelle, l'entreprise de produits de santé intime donne un congé menstruel d'au moins 24h à ses employées. Soulagement pour celles dont les règles douloureuses sont un calvaire... ou "stigmatisation des femmes" ?

Congé menstruel : avancée en règle ou fausse bonne idée ?
© Image d'illustration ocusfocus/123RF

[Mis à jour le 28 mai à 10h37] Saviez-vous que neuf femmes sur dix aimeraient ne plus avoir leurs règles, si elles n'avaient pas d'impact sur la santé ou la fertilité? Selon un sondage d'avril 2021 pour la marque Intimina par l'IFOP, les menstruations empêchent même une jeune femme sur deux d'aller à l'école ou en cours. Pendant leurs règles, 80 % des femmes interrogées se sentent fatiguées, 59 % des sondées se sentent mal dans leur corps et 42 % se sentent anxieuses. Autant de chiffres affolants qui ont poussé la marque de produits de santé intime des femmes à instaurer pour ses employées un congé menstruel d'au moins 24h. Une initiative lancée dès le 28 mai, Journée mondiale de l'hygiène menstruelle. En France, l'idée du congé menstruel fait (très) doucement son chemin dans les esprits. 

Congé menstruel : une entreprise basée à Montpellier franchit le cap 

Cette année, c'était une grande première historique pour la France. L'entreprise La Collective, qui gère le recrutement de donateurs pour des ONG à Montpellier, autorise désormais ses employées à prendre des congés lors de leurs périodes de menstruations.

Depuis le 1er janvier 2021, les seize femmes travaillant au sein de l'établissement peuvent poser une journée par mois sans certificat médical ni justificatif, aux frais de la coopérative. Un simple mail, envoyé à l'avance ou le jour même, suffit à prévenir en cas de règles douloureuses.

Une mesure votée à la quasi majorité

Pour le moment, neuf jours ont été comptabilisés depuis la mise en place du congé menstruel, "une avancée sociale qui fait écho aux droits des femmes dans la société", d'après Dimitri Lamoureux, cogérant de La Collective.

A l'origine de cette initiative, Jessica, une des employées qui a fait un sondage via un questionnaire anonyme parmi ses collègues féminines. Toutes ont admis souffrir de règles douloureuses, ce qui pouvait impacter leur travail très souvent à l'extérieur.

Elle a alors proposé cette idée du congé menstruel à l'ensemble de l'entreprise sous forme d'assemblée générale. La mesure a finalement été adoptée à la quasi-unanimité, aussi bien par les femmes que par les hommes, majoritaires au sein de la coopérative.

"Fausse bonne idée"

Le congé menstruel n'a en revanche pas séduit certaines associations féministes. Il renverrait au contraire à une forme de stigmatisation...

"C'est une fausse bonne idée, car ce n'est pas normal d'avoir mal pendant ses règles. Mis à part pour les femmes qui souffrent d'endométriose et qui, dans ce cas, doivent être diagnostiquées et prises en charge… Mais autrement les règles ne sont pas incapacitantes. Le congé menstruel instaure une forme de stigmatisation, en renvoyant la femme à son corps, avec tous les stéréotypes autour des règles…", a détaillé Céline Piques, la porte-parole d'Osez le féminisme !.

Et dans le monde ?

Dans d'autres pays, le concept du congé payé en cas de règles est bel et bien établi. A commencer par le Japon, qui a instauré cette pratique en entreprise dès 1947 ! L'Indonésie a elle aussi mis en place ce droit en 1948, suivie par la Corée du Sud en 2001. 

Plus récemment, Taiwan a franchi le cap en 2013. La Zambie, a elle aussi adopté une loi, malgré de nombreux débats houleux en 2015. En Inde, c'est une des plus grosses entreprises de livraisons de repas à domicile qui permet à ses salariées indisposées de bénéficier de congés payés supplémentaires depuis le mois d'août 2020. 

En Europe, c'est l'Italie qui a débattu d'un projet de loi en 2017, finalement abandonné par le Parlement italien.