Prison pour une fausse-couche: la double peine des femmes au Salvador

Victimes de fausses-couches, trois femmes ont recouvré leur liberté. Au Salvador, où la mort accidentelle d'un bébé et l'avortement sont considérés comme un homicide, les femmes encourent de lourdes peines de prison. Cinthia, Alba et Maria viennent d'être libérées après avoir perdu plus de dix années de leur vie derrière les barreaux...

Prison pour une fausse-couche: la double peine des femmes au Salvador
© Rodrigo Sura/EFE/SIPA

Violées, emprisonnées... Après avoir vécu la perte de leur enfant lors d'une fausse couche, Cinthia, Maria et Alba, trois Salvadoriennes, n'ont pas été prises en charge par un hôpital ou un psychologue mais jetées en prison. En effet, au Salvador, la loi anti-avortement est très dure. Après avoir purgé 11 ans sur les 30 auxquelles elle a été condamnée, Cinthia Rodriguez et deux autres femmes, Alba Lorena Rodriguez et Maria Orellana, qui ont passé 9 ans derrière les barreaux pour le même motif, ont retrouvé leur liberté le 7 mars 2019 grâce au travail d'une association qui défend les droits des femmes, l'ACDATEE. 

Trois femmes recouvrent la liberté après 9 et 11 ans de prison

C'est un grand pas dans la lutte pour les droits des femmes salvadoriennes. La Cour Suprême du pays vient de lever les peines de prison de trois femmes, emprisonnées pour avoir fait une fausse couche. Un motif impensable chez nous et dans beaucoup d'autres pays, sauf au Salvador, pays très conservateur où l'avortement et la fausse couche sont identiques à un "homicide aggravé" aux yeux de la loi et sont sévèrement punis de 30 à 50 ans de prison par les juges, alors que le Code Pénal ne parle que de peines allant de 2 à 8 ans.
Après avoir passé 9 et 11 ans en cellule insalubre, les trois femmes ont été blanchies. Le vice-ministre de la Justice, Raul Lopez a reconnu qu'elles ont vécu dans"des conditions sociales, économiques et familiales inadéquates et que les peines appliquées sont disproportionnées et immorales", d'après les informations relayées sur le site de l'association Agrupacion Ciudadana por la Despenalización del Aborto en El Salvado (Collectif Citoyen pour la Dépénalisation de l'avortement au Salvador).

Séparées de leurs familles depuis 9 ans, Alba Lorena et Maria Orellana ont été condamnées à 30 ans de prison pour "homicide" après s'être rendues à l'hôpital et y avoir été détenues dans le Centre de Réadaptation pour femmes d'Ilopango pour avoir perdu leur bébé. Une "réinsertion sociale incongrue" d'après la Justice salvadorienne.

Violée puis arrêtée, elle retrouve la liberté 9 ans après

Victime d'un viol et d'une fausse couche à 5 mois de grossesse en 2009, Cinthia Rodriguez, employée de maison avant son arrestation, s'est dite "heureuse de retrouver la liberté". Son sort ne diffère pas beaucoup du reste des femmes de la prison d'Ilopango. Maltraitées ou abusées, la plupart d'entres elles finissent par perdre leur bébé, par manque de soins et d'argent. Pour les victimes de viols, l'IVG est prohibée dans ce pays très chrétien. Lorsqu'elles se rendent à l'hôpital, les femmes sont retenues de force par les médecins qui ont ordre d"appeler la police dès qu'un avortement ou une fausse couche survient. 
A l'origine de cette victoire, Morena Herrera, présidente de l'association ACDATEE, qui n'a pas caché sa fierté et son désir de justice. "Nous allons continuer la lutte jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucune femme en prison en raison d'une loi injuste qui viole leurs droits", a-t-elle déclarée.

Depuis 2009, 33 femmes ont été libérées grâce à la lutte des Salvadoriennes, qui n'hésitent plus à faire entendre leur voix dans les rues de la capital San Salvador, comme lors de la Journée Internationale des Droits des Femmes, où elles étaient plus d'une centaine à marcher pour leur droits. 

Prison pour une fausse-couche: la double peine des femmes au Salvador
Prison pour une fausse-couche: la double peine des femmes au Salvador

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