"Parents négligents" : dans cette ville, laisser ses enfants sortir après 22h coûte très cher
Jusqu'à quelle heure vos enfants peuvent-ils sortir le soir ? Dans cette commune, la question ne se pose plus : les parents qui laissent leurs ados dehors la nuit risquent une amende.
C'est un débat qui revient souvent dans le monde de la parentalité : à quel point doit-on laisser de l'autonomie et de l'indépendance aux enfants ? Parmi les experts de l'éducation comme chez les parents eux-mêmes, personne ne semble se mettre d'accord sur le juste milieu entre laxisme et surprotection. À partir de quel âge un enfant peut-il se rendre seul à l'école ou aller au cinéma avec ses amis ? Jusqu'à quelle heure peut-on autoriser les adolescents à rester dehors ? Tout le monde arguera que cela dépend des facteurs environnants, comme le lieu de résidence par exemple, ou la personnalité plus ou moins responsable de l'ado en question.
Mais dans une petite commune française, une maire a pris cette décision à la place des parents : les mineurs de moins de 15 ans n'ont plus l'autorisation de sortir après 22h sans être accompagnés d'un représentant légal. Un couvre-feu qui vise à assurer leur sécurité, bien sûr, mais aussi et surtout "la sécurité des personnes et biens" et maintenir le "bon ordre" et la "tranquillité publique". En effet, la municipalité explique avoir enregistré une recrudescence des incivilités nocturnes, comme des vols, déprédations de véhicules ou jets de pierres, et vouloir y mettre un terme en instaurant des sanctions pour "les parents négligents".
Marie Costa, la maire d'Amélie-les-Bains-Palalda (petite commune de 3 500 habitants située dans les Pyrénées-Orientales), a donc signé un arrêté municipal pour mettre en place ce couvre-feu, interdisant aux mineurs de moins de 15 ans de "circuler, se stationner ou se regrouper sur l'ensemble des voies publiques". Celui-ci s'applique entre 22h et 6h du matin pendant les trois prochains mois, jusqu'au 31 mai 2026.
En cas de non-respect, ce sont donc les parents qui devront en payer les frais : une amende forfaitaire de 135 euros, qui sera "doublée en cas de récidive", est prévue pour les "parents d'adolescents visiblement livrés à eux-mêmes". Auprès du journal local Made in Perpignan, la maire a expliqué que cette mesure s'inscrit suite à des dégradations publiques supposément commises par des "gamins" aperçus sur les caméras de vidéosurveillance de la ville : "Je ne pense pas qu'il y ait de jeunes délinquants. Je pense qu'il y a des parents incapables et démissionnaires. Les enfants, c'est comme les roseaux, si vous mettez un tuteur, ça pousse bien".
Difficile de savoir précisément ce qu'en pensent les habitants concernés, puisque les commentaires ont été restreints sous la publication de l'arrêté sur Facebook. Mais on imagine bien sûr que ce couvre-feu fera l'objet d'un vif débat, surtout à l'heure des élections municipales, auxquelles Marie Costa se présente pour briguer un nouveau mandat. De son côté, la Ligue des droits de l'Homme ne voit pas cette décision d'un bon œil, estimant ce couvre-feu "abusif" car il contrevient aux "droits régaliens comme le droit de circuler". L'association a d'ailleurs annoncé déposer un recours en annulation, assorti d'un référé-suspension. Il s'agit d'une procédure d'urgence demandant à un juge de suspendre l'exécution d'une décision administrative dont la légalité est contestée.