"Les mères méritent la même flexibilité que les pères" : elle renonce à la garde de son fils et assume sa décision

Mère d'un petit garçon, elle a décidé de laisser la garde principale à son ex-mari. Un choix qui lui a valu de nombreuses critiques, dans un monde où l'on attend encore des femmes un engagement familial supérieur à celui des hommes.

"Les mères méritent la même flexibilité que les pères" : elle renonce à la garde de son fils et assume sa décision
© vagengeym

C'est un fait, dans plus de 8 séparations sur 10, la garde exclusive des enfants revient à la mère. Seules 12 % des séparations aboutissent à une garde alternée, tandis que la garde principale ne revient au père que dans moins de 2 % des cas selon l'Insee. Les papas continuent majoritairement de tenir le rôle de suppléants dans leur propre famille, présents uniquement un week-end sur deux. Bien que l'on tende de plus en plus à se libérer de ces rôles prédéfinis et archaïques, notre imaginaire collectif voudrait encore que les femmes soient plus aptes à s'occuper de leur progéniture que les hommes. Alors forcément, dans les faits, la répartition des tâches parentales est encore loin d'être égalitaire : préparation des repas, prise du bain, rendez-vous chez le pédiatre, organisation des modes de garde... Les mères assument en moyenne 71 % des missions liées aux enfants, toujours selon l'Insee. 

"Personne ne s'étonne qu'un homme divorcé ne passe que les week-ends avec son jeune enfant. Pourquoi, alors, les mères qui font la même chose sont-elles qualifiées de négligentes, d'égoïstes et d'anormales ?", s'interroge ainsi Yennhi Hoang, thérapeute spécialisée en santé mentale périnatale, dans les colonnes du journal britannique Daily Mail. Mère d'un petit garçon de 5 ans, elle a pris une décision largement "controversée" : au moment de son divorce, elle a renoncé à la garde au profit de son ex-mari. Aujourd'hui, elle ne voit son fils que six jours par mois, et malgré les critiques, elle ne regrette pas une seconde ce choix. 

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À l'instar du personnage d'Edie dans la célèbre série Desperate Housewives, cette décision a créé une onde de choc dans l'entourage et sur les réseaux sociaux de la jeune femme : qualifiée de "mauvaise mère qui a abandonné son enfant", elle a elle-même longtemps éprouvé "souffrance, culpabilité et honte". Pourtant, elle l'assure, sa relation avec son fils s'en est trouvée largement améliorée. "Je suis devenue une mère plus calme, plus heureuse et plus aimante. Cela nous a été bénéfique à tous les deux", raconte Yennhi. En réalité, ce choix de laisser la garde exclusive à son ex-mari ne s'est pas fait à la légère. La jeune femme, qui a accouché à l'âge de 23 ans, explique avoir été frappée par la dépression post-partum : "En le tenant dans mes bras pour la première fois, je n'ai ressenti aucune vague de joie et d'amour. J'étais tellement épuisée que je me sentais simplement vide. Ce n'est pas que je n'avais pas créé de lien avec lui, mais je commençais à regretter mon ancienne vie. Je traversais les journées en pilote automatique, j'étais profondément malheureuse." 

Au moment de sa séparation, à seulement 26 ans, Yennhi a donc eu besoin de "se retrouver" et d'apprendre "à se connaître" elle-même. Et surtout, d'avoir du temps pour elle sans son fils, afin de pouvoir être "vraiment présente pour lui" dans les moments qu'ils passent ensemble. "N'est-il pas préférable qu'il soit entouré d'une merveilleuse communauté chez son père et qu'il puisse me voir sous mon meilleur jour ?", souligne-t-elle, précisant par ailleurs que son ex-mari l'a "toujours soutenue pleinement dans cette démarche"

Aujourd'hui plus épanouie avec cet arrangement, Yennhi milite pour que chacun comprenne "que les parents ont une responsabilité égale d'aimer et de protéger leur enfant, et que les mères méritent la même flexibilité que les pères". Elle est d'ailleurs devenue coach en "expression de soi", afin d'aider "d'autres femmes à s'affirmer sans complexe et sans inhibition". Dans notre société actuelle, les femmes sont censées mettre leurs aspirations personnelles de côté une fois devenues mères : l'enfant devient la seule et unique priorité, parfois au détriment de la santé mentale et de l'épanouissement des mamans. Pour Yennhi, "il faut continuer à s'occuper de soi", et cela ne signifie pas qu'on est une mauvaise maman.