Pour élever des ados autonomes, la méthode parentale du "contrôleur aérien" fait ses preuves
Inculquer l'autonomie aux adolescents n'est pas une mince affaire. Et si la solution se trouvait chez les contrôleurs aériens ? Une surprenante approche parentale s'inspire de ce métier pour apprendre aux plus jeunes à se débrouiller.
Tous les parents qui élèvent ou ont élevé un adolescent le diront : il n'est rien de plus agaçant qu'un jeune qui ne sait rien faire par lui-même. Que ce soit pour les petites tâches du quotidien comme rédiger un mail à son professeur ou téléphoner pour commander une pizza, les nouvelles générations semblent perdre de plus en plus en autonomie au fil des années. Il faut dire qu'aujourd'hui, à cause notamment de l'intelligence artificielle et de toutes les applications qui existent, les ordinateurs peuvent le faire plus vite... et souvent mieux, sans aucun effort. Mais le risque, c'est de se retrouver à l'âge adulte sans la moindre idée de la façon dont ils doivent surmonter les obstacles (aussi petits soient-ils) sur leur chemin.
Mais bien sûr, l'IA n'est pas la seule à blâmer : l'éducation parentale joue un rôle primordial dans le développement de la résilience et de l'indépendance chez les ados. À contre-courant de la parentalité "hélicoptère", qui consiste à planer autour de son enfant de manière surprotectrice et à voler à son secours dès qu'un problème se présente, la méthode du "contrôleur aérien" prend le biais inverse. Ne vous laissez pas tromper par le terme "contrôle" : l'objectif est de prôner une plus grande autonomie, surtout au moment de l'adolescence. Concrètement, il s'agit de se comporter en contrôleur aérien plutôt qu'en pilote de ligne.
Cette approche parentale a été développée par Dorian Johnson, éducateur spécialisé dans la santé publique : "Vous êtes présent, attentif et protecteur quand c'est nécessaire, mais vous ne prenez pas les commandes. Les adolescents n'ont pas besoin que vous pilotiez l'avion. Ils ont besoin de votre présence lorsque la situation change, afin de les aider à rectifier le tir", résume-t-il auprès du magazine américain Parents. Le tout est donc de laisser aux ados la liberté de faire des choix, et donc des erreurs, tout en restant prêt à intervenir en cas de besoin. Cette philosophie vise aussi à établir un meilleur lien de confiance avec l'enfant en pleine puberté, en lui rappelant que "même les pilotes les plus expérimentés communiquent avec la tour de contrôle", et ce, avant que la situation ne s'envenime.
L'éducateur américain synthétise ses conseils dans l'acronyme TOWER, pour "Trust, Observation, Warning signs, Emotional safety, Regulation". Il s'agit d'accorder sa confiance à l'adolescent, et de lâcher du lest à mesure qu'il démontre sa capacité à être autonome, en gardant tout de même des limites. Ensuite, le but est de l'observer, c'est-à-dire de "rester attentif sans être intrusif", et de savoir reconnaître les signes avant-coureurs : "Tout changement d'humeur, de sommeil, de comportement ou de routine doit vous alerter et vous inciter à contacter le pilote." Ces éléments permettent de créer un environnement dans lequel l'adolescent se sent suffisamment en sécurité pour dire la vérité, et solliciter de l'aide sans craindre d'être jugé ou puni. Enfin, la régulation est le cœur de la méthode : un contrôleur aérien est là pour guider le trafic quand il le faut, pour assurer la sécurité des avions. Il donne des instructions de vol et des autorisations pour le décollage ou l'atterrissage, sans jamais prendre les commandes dans le cockpit.
En grandissant, les enfants ont, par nature, une soif d'espace et de liberté. C'est le moment où ils commencent à vouloir prendre leur envol, même si les parents ne les estiment pas toujours prêts. Premiers amours, querelles entre amis, périodes d'examens, stages professionnels... De nombreux bouleversements stressants se produisent lors de cette délicate étape de la vie, et il est essentiel d'apprendre à les gérer soi-même pour affronter ensuite le monde des adultes de façon autonome et sereine.