Pour obtenir la garde des enfants, une avocate pointe l'attitude à ne surtout pas avoir face au juge
Passer devant le juge aux affaires familiales n'est jamais une épreuve facile, et on peut très rapidement faire des erreurs. Avocate spécialiste du droit de la famille, Me Nolwenn Leroux nous explique ce que regarde vraiment un magistrat lors d'une audience pour la garde des enfants.
Un divorce ou une séparation est toujours un moment difficile, mais dès lors que des enfants entrent en jeu, la situation peut vite se compliquer. Divergences sur le mode d'éducation, ressentiment conjugal ou encore disputes au sujet du planning… Quand les relations deviennent conflictuelles entre les deux parents et que les questions importantes doivent se régler au tribunal, notamment celle de la garde des enfants, il est essentiel de connaître les règles tacites à suivre et les erreurs à éviter. Maître Nolwenn Leroux, avocate spécialisée en droit de la famille, nous éclaire sur les comportements qui "changent la donne" lors d'une audience devant le juge aux affaires familiales (JAF).
Premièrement, il faut connaître le paradoxe de la justice : "Il faut parfois plus d'un an pour obtenir une date, mais l'audience est très rapide. Les juges y consacrent rarement plus d'un quart d'heure, car ils en ont des dizaines à gérer chaque jour". Le problème avec ces délais d'attente, c'est que la situation entre les parents qui se séparent peut s'enliser pendant ce temps. Et le résultat, c'est d'arriver au tribunal et de faire exploser "la cocotte-minute" en ayant une attitude inadaptée. "Si vous agacez un juge qui a déjà très peu de temps pour vous écouter, c'est mal parti", alerte ainsi Me Leroux. L'avocate rappelle qu'une audience pour déterminer la résidence des enfants (communément appelée droit de garde), ou le droit de visite et d'hébergement pour l'autre parent (en cas de garde alternée), n'est pas faite pour expliquer les raisons de la séparation : "Souvent, les parents font l'erreur de régler leurs comptes devant le juge."
"Le juge veut entendre votre raisonnement par rapport aux enfants, donc les conflits dans votre relation de couple ne l'intéressent pas", explique Nolwenn Leroux. Ainsi, le conseil qu'elle donne à ses clients est de bien se souvenir que les parents ne sont pas le sujet, et que de "discréditer l'autre" n'avancera à rien. Dans une situation classique, exempte de véritables manquements comme des problèmes de violence ou d'alcoolisme notamment, "la loi part du principe que les parents sont les meilleures personnes pour trouver les solutions pour leurs enfants". Inutile donc de casser du sucre sur le dos de votre ex-partenaire : "Repositionnez-vous toujours du point de vue des enfants. Avec ce discours-là, on va accrocher l'oreille du juge, parce qu'on a réussi à laisser de côté les revendications personnelles. Tout le reste vient polluer le débat, et le juge n'écoute même pas."
Autre erreur très fréquente dans les affaires familiales, qui touche encore à la rancœur entre deux ex-conjoints : ne pas remettre toutes les pièces du dossier à l'autre partie. "On le voit souvent, car les gens se croient dans une série américaine. Mais ce n'est jamais une bonne stratégie, car un juge va statuer en fonction de ce qu'il a", précise l'avocate. Ou alors, il décidera de renvoyer l'affaire et il faudra attendre des mois avant une nouvelle audience. Ainsi, en voulant mettre des bâtons dans les roues à l'autre parent, c'est votre propre cause que vous risquez de desservir.
Enfin, quand vient la question de l'enfant, Nolwenn Leroux rappelle que l'un des "gros travers" est de vouloir l'influencer avant son audition, en lui expliquant ce qu'il doit dire ou non : "Le juge le décèle tout de suite. On sent bien que ce sont des mots d'adultes qui ont été mis dans sa bouche. C'est très malmenant pour l'enfant, qu'on met dans un conflit de loyauté entre ses parents, et personne n'en ressort grandi dans la procédure." En somme, lors d'une audience pour la garde, la seule chose qui compte vraiment est de toujours remettre le bien-être de l'enfant au cœur du débat... et de remiser les disputes purement conjugales au placard.