En CE1 ou CE2, les élèves ne savent toujours pas faire ce geste du quotidien, nous confie une enseignante
Ils sont nés à l'ère du numérique, mais semblent avoir perdu des facultés essentielles. Au-delà de la baisse du niveau scolaire, une professeure des écoles nous dévoile ces gestes du quotidien, autrefois banals, que les élèves peinent désormais à accomplir.
C'est un constat logique, mais qui cache souvent des problèmes plus profonds : les enfants d'aujourd'hui sont très différents de ceux d'autrefois. L'essor des smartphones, des réseaux sociaux, de l'intelligence artificielle ou même de la "parentalité positive"... Comme toujours avec une nouvelle génération qui grandit au rythme des changements de la société, l'éducation des petits n'a plus rien à voir avec ce que leurs aînés ont pu connaître dans un passé (pas si) lointain. Et les professeurs sont les premiers à le dire : les élèves de nos jours peinent à développer certaines compétences de base, qui paraissent pourtant essentielles aux yeux des adultes. Roxane, enseignante dans une école élémentaire de la région parisienne, nous confie ses inquiétudes quant aux lacunes des enfants de la génération alpha.
On le sait tous, les écrans ont un impact énorme sur le développement des plus jeunes. Mais pour la professeure des écoles, cela se répercute quotidiennement sur les capacités basiques que devraient avoir des élèves de CE1-CE2, âgés de 7 à 9 ans. "Les enfants ne font plus assez de jeux de manipulation à la maison, comme les jeux de société ou même les Lego. Et ça se voit : ils sont très en retard par rapport à la motricité fine", déplore ainsi Roxane. Elle nous a donné quelques exemples de facultés qui manquent à ses élèves, mais qui devraient logiquement être acquises depuis l'école maternelle.
"Je le remarque notamment avec les gestes graphiques, c'est-à-dire l'écriture. De plus en plus d'enfants ont du mal à tenir un crayon, et beaucoup doivent faire appel à des psychomotriciens, nous explique l'enseignante. On voit aussi des retards de langage, ils apprennent à parler de plus en plus tard, aussi parce que les parents communiquent moins à la maison car eux-mêmes sont sur les écrans." Mais pour Roxane, "le plus choquant", réside dans l'apprentissage... des lacets : "J'ai énormément d'enfants qui ne peuvent toujours pas nouer leurs lacets en CE1, ou même en CE2. Donc c'est à moi de le faire à leur place, mais je ne peux pas faire les lacets de 24 enfants plusieurs fois par jour !"
Dans l'ensemble, l'enseignante yvelinoise regrette un manque d'autonomie de plus en plus marqué chez les enfants des nouvelles générations. Certains ne savent pas mettre leur manteau seul, ne savent pas se tenir à table, voire ne sont pas encore tout à fait propre à l'école primaire. "Dès le plus jeune âge, il faut les rendre plus indépendants, et c'est aussi valable dans le travail", souligne Roxane. Car si elle rappelle qu'il est important d'être "derrière eux" pour les devoirs, il est tout aussi crucial de les laisser débuter les exercices sans aide, puis d'intervenir ensuite au besoin.
"Le problème, c'est qu'ils n'apprennent plus par eux-mêmes. Dans ma classe, j'ai des élèves qui ne maîtrisent toujours pas les nombres jusqu'à 20. Alors qu'à cet âge, ils savent généralement compter jusqu'à 100 et commencent à apprendre les multiplications ou divisions", regrette ainsi Roxane. Ces compétences se développent bien sûr à l'école, mais aussi et surtout à la maison, où se jouent d'abord toutes ces notions de motricité et d'autonomie. Un rappel essentiel que la réussite scolaire ne dépend pas uniquement de ce qui se passe en classe, mais débute bien par des gestes simples et une attention quotidienne au sein du foyer, loin des distractions technologiques.