Rendre le casque obligatoire au ski, une fausse bonne idée qui "ne changerait rien" selon l'ESF
Alors qu'aucune loi ne l'impose (pas même pour les enfants), beaucoup estiment que le port du casque devrait être obligatoire dans les stations de sports d'hiver. Mais contre toute attente, l'Ecole du Ski Français n'est pas du même avis.
Chaque année, quand vient l'heure des fondues savoyardes et du vin chaud, le débat revient sur la table : doit-on rendre le port du casque obligatoire sur les pistes de ski ? Longtemps considéré comme inesthétique, son utilité n'est plus à prouver aujourd'hui. À l'heure actuelle, en France, aucun texte de loi ne l'impose… pas même pour les enfants, contrairement au vélo par exemple, où il est exigé pour les moins de 12 ans. Pourtant, selon une étude du Système National d'Observation de la Sécurité en Montagne (SNOSM), 74 % des Français se disent favorables au casque de ski obligatoire pour tous. Mais contre toute attente, l'ESF n'est pas du même avis.
Alors que l'Italie vient tout juste de légiférer à ce sujet, une première en Europe, nous avons interrogé la plus grande école de ski au monde. Jérémie Noyrey, directeur général adjoint de l'ESF, nous explique pourquoi les moniteurs de ski ne sont pas "en faveur d'une obligation légale", bien qu'ils "encouragent vivement le port du casque généralisé" pour tous les usagers, enfants comme adultes. "À quoi ça servirait ? Nous, on l'impose déjà dans les cours. Et de ce que je vois dans la pratique, presque tout le monde le porte maintenant. Donc je pense que ça ne changerait rien", atteste ainsi Jérémie Noyrey.
En effet, ces dernières années, le port du casque s'est largement répandu sur les pistes. Seuls 37 % des skieurs se protégeaient la tête en 2012, contre près de 90 % en 2025, toujours selon le SNOSM. Un chiffre qui grimpe à 97 % chez les enfants de moins de 12 ans. Et s'il n'est même pas obligatoire pour eux, Jérémie Noyrey a bien vu l'évolution dans la pratique : "Il y a quelques années encore, ça m'arrivait de dire à des parents 'Il faut mettre un casque à votre enfant, ce n'est pas possible.' Mais aujourd'hui, on n'a plus besoin de faire ce genre de remarques. Car même à titre personnel, les parents le mettent aussi."
Bien sûr, l'ESF prône le port du casque pour tous... mais craint en réalité l'effet pervers que pourrait avoir une loi. "Ce qu'on voudrait éviter, c'est que le casque soit vu comme la réponse à l'accidentologie en montagne. Et pourquoi je dis ça ? Parce qu'on a déjà vu, dans des comportements dangereux de certains skieurs, des réponses de type 'Non mais j'ai un casque, je suis protégé'. Il y a parfois ce sentiment d'invulnérabilité", déplore le moniteur de ski. Il nous rappelle aussi que, comme en voiture, la plupart des accidents ont lieu lorsqu'on se croit en sécurité et qu'on relâche donc notre vigilance, comme sur une piste "facile" par beau temps par exemple.
L'ESF n'a de cesse de le dire, le tout n'est pas seulement d'apprendre un sport, mais aussi de comprendre le milieu montagnard et d'en respecter les dangers : "L'idée, c'est que le casque se généralise partout, parce que la couleur des pistes est une chose, mais selon l'ensoleillement, la dureté de la neige, le niveau de la neige, les conditions climatiques du jour, etc., les pistes peuvent aussi évoluer. Ça reste un territoire qui glisse, qui peut être dangereux, même sur une piste bleue." De manière générale, l'ESF se dit plus favorable à une sécurité "à base d'apprentissage" plutôt qu'"à base de sanctions". L'objectif est donc de mettre l'accent sur la prévention : "Si on fait à nouveau le parallèle avec l'automobile, on sait que les actions de sensibilisation sont ce qui marche le mieux."
Il faut dire que les campagnes de sensibilisation y sont pour beaucoup dans l'évolution de ces dernières années, de même que certaines histoires tragiques largement médiatisées, comme celles de Michael Schumacher ou de Gaspard Ulliel, qui ont contribué à ouvrir les yeux du grand public sur les risques que représentent les sports d'hiver. C'est pourquoi la célèbre école de ski lance une nouvelle campagne de communication avec le ministère des Sports, sur les réseaux sociaux et dans toutes les stations, pour "marteler tous ces messages de sécurité" : cela passe par le casque, mais aussi le comportement sur les pistes, le stationnement, etc. "C'est plus efficace que de faire passer une loi pour rendre le casque obligatoire", estime Jérémie Noyrey.