Fini les heures de colle, ce collège mise sur une approche solidaire qui transforme les élèves

Serait-ce la solution idéale pour les élèves récalcitrants ? Ici, plus d'heures de colle mais une approche solidaire qui a déjà fait ses preuves.

Fini les heures de colle, ce collège mise sur une approche solidaire qui transforme les élèves
© dikushin

Au collège et au lycée, un devoir non rendu, un problème d'attitude ou encore une heure de cours séchée sont généralement sanctionnés par une heure de colle. L'élève doit alors rester dans une salle de classe, souvent en silence, à faire ses devoirs ou à recopier des lignes. Dans les cas les plus sérieux, lorsque les faux-pas se répètent et après plusieurs heures de colle, c'est l'exclusion de l'établissement scolaire. Temporaire dans un premier temps puis, lorsque la situation s'envenime et après plusieurs avertissements, définitive.

Ce système existe depuis des décennies et reste profondément ancré dans la culture scolaire française. Pourtant, de plus en plus de voix s'élèvent pour en questionner l'efficacité. Pour certains spécialistes de l'éducation, la retenue classique ne permet pas vraiment à l'élève de comprendre la portée de ses actes. Il subit une sanction, certes, mais sans nécessairement réfléchir à ce qui l'a conduit là. Le risque est alors de voir les mêmes comportements se répéter, dans une spirale peu constructive pour l'élève comme pour l'équipe éducative.

C'est le constat qu'a fait le Collège de l'Europe à Bourg-de-Péage, dans la Drôme, qui expérimente depuis peu une alternative aux retenues classiques. L'objectif de cette démarche est de "renforcer la dimension éducative de la sanction" et de "faire réfléchir l'élève, le faire se responsabiliser, qu'il soit un peu plus mature", précise le principal de l'établissement. Mais alors, que font les élèves sanctionnés ?

Plutôt que de rester assis dans une salle au sein du collège, ces derniers réalisent des heures de bénévolat hors temps scolaire, le soir ou le week-end, au centre des Restos du Cœur de Romans-sur-Isère. Trier des denrées alimentaires, préparer des colis, accueillir les bénéficiaires : les tâches confiées aux jeunes leur permettent de découvrir concrètement le fonctionnement d'une association caritative et les réalités de la précarité.

Ce type de sanction reste "très rarement mis en place par les établissements scolaires car on a beaucoup de mal à trouver des partenaires", explique le principal au Dauphiné Libéré. Les associations n'ont pas toujours les moyens humains d'encadrer des jeunes, et les démarches administratives peuvent freiner ce genre d'initiatives. Le partenariat entre le collège et les Restos du Cœur fait donc figure d'exception et pourrait inspirer d'autres établissements en quête de solutions alternatives. D'ailleurs, ce dispositif ne s'adresse pas seulement aux élèves collés, mais également à ceux qui sont sous la menace d'une exclusion et pourront donc "aller aux Restos du Cœur pour découvrir, donner un coup de main aux bénévoles". L'idée est de leur offrir une seconde chance avant d'en arriver à une mesure plus radicale.

Il s'agit pour l'équipe éducative de permettre aux élèves de voir les choses autrement et de se sentir valorisés. Loin d'être une punition humiliante ou stérile, cette démarche solidaire a l'avantage de développer l'empathie chez les jeunes. En côtoyant des bénévoles engagés et des personnes en difficulté, les élèves prennent conscience de réalités parfois éloignées de leur quotidien. Aider les autres et se sentir utile vaut bien mieux qu'une heure coincé en classe à regarder les aiguilles tourner. Et si cette expérience leur donnait envie de s'engager durablement dans le bénévolat ? C'est en tout cas le pari que fait ce collège drômois, convaincu que la bienveillance peut transformer les comportements là où la punition échoue parfois.