Les enfants qui mentent à leurs parents partagent cette qualité essentielle, selon les chercheurs
Tous les parents ont un jour expliqué à leurs enfants que "ce n'est pas bien de mentir". Pourtant, des études scientifiques nuancent un peu cette croyance : chez les plus petits, le mensonge est en réalité la preuve d'une faculté remarquable.
C'est un comportement que tous les parents redoutent, et même réprimandent : dès le plus jeune âge, on apprend aux enfants qu'il ne faut pas mentir. Cacher la vérité à ses parents, à ses professeurs ou même à ses amis, est considéré universellement comme une mauvaise chose. Pourtant, si tous les bambins ne le font pas à la même fréquence, c'est quasiment inévitable. Beaucoup s'y essaient autour de 2 ans, avec un succès souvent mitigé, mais 8 enfants sur 10 mentent au moins de façon occasionnelle à l'âge de 4 ans. C'est ce que révèlent les travaux du chercheur américain Kang Lee, spécialiste de la psychologie du développement, qui a étudié pendant plus de deux décennies le mensonge chez l'enfant.
"En tant que parents, enseignants et société dans son ensemble, nous craignons toujours que les mensonges d'un enfant aient des conséquences terribles", explique ce professeur de l'Université de Toronto. Mais comme souvent dans l'éducation d'un enfant, rien n'est tout blanc ou tout noir. Et le mensonge chez les tout-petits pourrait bien être le signe d'une qualité fondamentale.
"Il s'avère qu'il existe une grande différence entre les enfants qui mentent tôt et ceux qui mentent tard. Les premiers ont généralement de bien meilleures capacités cognitives", explique le Dr Kang Lee. En effet, les enfants capables de mentir dès le plus jeune âge seraient en réalité plus intelligents que les autres. Le chercheur évoque ainsi "deux compétences essentielles au mensonge", à savoir la maîtrise de soi et la "théorie de l'esprit". Le mensonge, et surtout le mensonge efficace, exige de faire la différence entre son propre état mental et celui de l'interlocuteur, de comprendre les intentions et les croyances d'une autre personne, mais aussi d'assurer la cohérence entre le mensonge et de futures déclarations.
Les enfants capables d'appréhender ces notions très tôt font preuve d'une grande capacité de raisonnement, et seraient donc particulièrement intelligents. En réalité, c'est un cercle logique. Les enfants les plus avancés sur le plan cognitif ont tendance à mentir davantage. Et l'inverse est également vrai : le fait de mentir est justement la preuve d'un développement avancé. En somme, plus un enfant est intelligent, plus sa propension à mentir est importante. Et plus il ment, plus ça signifie qu'il est intelligent.
Bien sûr, Kang Lee ne recommande pas aux parents d'apprendre à leurs enfants à mentir, mais estime que "ce n'est pas une mauvaise idée" de les laisser expérimenter certains "jeux trompeurs" ou autres petits mensonges. D'ailleurs, parmi les compétences nécessaires pour mentir, il note aussi le fait de comprendre si le contexte socioculturel s'y prête ou non. "La plupart des sociétés proscrivent le mensonge pour dissimuler des transgressions à des fins personnelles. Cependant, certaines sociétés encouragent les petits mensonges qui épargnent les sentiments de la personne trompée. Pour décider judicieusement de mentir ou non, il faut déterminer le contexte social qui exige la vérité ou le mensonge", précise le professeur de psychologie dans ses travaux. Finalement, mentir devient un outil pour survivre en société, que les plus brillants d'entre nous ont développé avant même de savoir lacer leurs chaussures. Reste que le mensonge ne doit pas effacer la confiance entre l'enfant et son parent qui reste essentielle.