"Les enfants ne sont pas acceptés" dans ces wagons : la SNCF privilégie le "confort" des voyageurs et révolte les parents

La SNCF a discrètement lancé une offre "no kids" dans ses TGV inOui. Un choix assumé qui exclut les enfants et leurs parents, et qui divise. Retour sur la polémique.

"Les enfants ne sont pas acceptés" dans ces wagons : la SNCF privilégie le "confort" des voyageurs et révolte les parents
© halfpoint

Un enfant qui pleure, qui regarde une vidéo en boucle, qui joue en faisant un peu trop de bruit… Malheureusement, beaucoup de voyageurs ne supportent plus la présence d'enfants durant leur trajet. Pourtant, il est tout à fait naturel que les petits aient besoin de se défouler après de longues heures passées assis à leur place, mais ce comportement est rarement du goût des voisins de wagon, surtout ceux qui ne sont pas parents. Selon un récent sondage Odoxa, 76 % des Français se disent en effet "agacés" quand "des enfants font du vacarme, pleurent ou font un caprice" autour d'eux. 

C'est pourquoi le phénomène "no kids" prend de plus en plus d'ampleur, notamment dans l'hôtellerie, les transports ou même parfois dans la restauration. Ainsi, ces périmètres "adults only" se développent de plus en plus au grand dam de la haute-commissaire à l'Enfance, Sarah El Haïry, qui souhaite les interdire pour créer une société plus inclusive pour les parents et leurs enfants. Une initiative qui peine à se mettre en place, car cette fois, c'est "la SNCF, entreprise publique, censée soutenir les familles, qui a décidé de les mettre à l'écart" dénonce Stéphanie d'Esclaibes, animatrice du podcast Les Adultes de Demain, dans un post publié sur LinkedIn.

© Sébastien Godefroy - SNCF

Depuis ce 8 janvier, en remplacement de la Business Première, la compagnie ferroviaire française a lancé les classes "Optimum" et "Optimum Plus" : la première est disponible sur de nombreux trains au départ ou à l'arrivée de Paris et partout en France, tandis que la seconde est proposée sur les trajets Paris-Lyon. Et pour que ces places puissent "garantir un maximum de confort à bord, les enfants ne sont pas acceptés", tout simplement, comme l'indiquait la SNCF dans ses mails promotionnels. Seuls les plus de 12 ans peuvent monter à bord de ce wagon. "La SNCF préfère suivre cette tendance dangereuse du "no kid". Consacrer des espaces au silence des adultes et reléguer l'enfance en marge. Et ce faisant, les adultes qui les accompagnent" s'insurge Stéphanie d'Esclaibes qui suggère de "changer de regard", et de créer aussi des wagons entièrement pensés pour les enfants, comme c'est le cas en Finlande par exemple.

Car à l'heure actuelle, les wagons destinés aux familles ne le sont pas exclusivement. "Dans les intercités, il existe un wagon "Kids" mais qui n'est pas réservé qu'aux enfants... Les autres passagers déposent leurs valises dans l'espace prévu pour que les enfants jouent, les ados se posent sur les espaces de changes..." témoigne une internaute. Enfin, si l'initiative fait jaser sur les réseaux sociaux, la SNCF rappelle "qu'il s'agit d'un espace très restreint, d'une demi-voiture sur les TGV INOUI du lundi au vendredi exclusivement" et que cela représente "moins de 10 % des sièges d'un TGV". D'ailleurs, la compagnie précise que "cela n'a rien d'une nouveauté", puisque c'était déjà le cas "depuis des années sur l'offre précédente Business Première". Dans un communiqué, la SNCF a réagi à la polémique en déplorant une "maladresse marketing" et a supprimé toute référence à l'accessibilité des jeunes aux wagons Optimum. En revanche, l'entreprise maintient sa décision et les conditions de vente restent donc inchangées.

Derrière cette mesure, c'est donc toute une vision de la place de l'enfance dans l'espace public qui se dessine. Pour la SNCF, il s'agit avant tout d'offrir une option supplémentaire à une partie de sa clientèle, principalement les voyageurs professionnels, sans remettre en cause l'accès des familles aux autres wagons. Pour d'autres, en revanche, cette décision participe à une mise à l'écart progressive des enfants, perçus comme une nuisance plutôt que comme des passagers à part entière. Un débat qui dépasse largement le cadre du train, et qui interroge sur le modèle de société que l'on souhaite construire : une société qui s'adapte aux enfants, ou qui préfère les tenir à distance.