Propriétaire ou locataire, en appartement ou en maison, seul ou en cohabitation… C'est une crainte que tout le monde partage : celle de se faire un jour cambrioler. Qu'on possède ou non des objets de valeur chez soi, qu'on soit sur place ou pas,  la perspective d'un intrus qui entre la nuit est terrifiante pour n'importe qui. Les systèmes de sécurité proposent alors des solutions toujours plus élaborées pour nous protéger plus efficacement contre les voleurs. Le problème, c'est que certaines de ces technologies présentent d'autres risques auxquels beaucoup n'avaient pas pensé. 

Depuis quelques années, on voit notamment de plus en plus de sonnettes connectées devant les maisons : équipées de caméras, elles permettent à la fois de savoir qui toque à la porte, à la manière d'un interphone, mais aussi de repérer un cambrioleur qui tente de forcer l'entrée. Et avec l'avènement de l'intelligence artificielle, une nouvelle option pourrait poser problème : la reconnaissance faciale. 

C'est la marque Ring, détenue et vendue par Amazon, qui a développé cette fonctionnalité : grâce à une base de données créée par l'utilisateur lui-même, les sonnettes sont désormais capables d'identifier les "visages familiers". Elles peuvent ainsi distinguer un voisin, un facteur, un proche ou bien sûr un membre du foyer, afin de réduire les fausses alertes et de permettre une meilleure réactivité en cas de présence suspecte. Ainsi, au lieu de recevoir une notification générale vous indiquant que "quelqu'un est à votre porte", la sonnette peut désormais prévenir que "Maman est à la porte d'entrée". Sur le papier, la promesse est engageante. Mais dans les faits, cette avancée technologique soulève un autre problème : celui de la vie privée. Car même si vous ne possédez pas de sonnette Ring, votre visage pourrait très bien être scanné par celle de votre voisin sans votre consentement, puis stocké sur le cloud Amazon. Le risque étant qu'il soit utilisé à des fins malveillantes, totalement à votre insu. 

En effet, la marque Ring a déjà fait l'objet de plusieurs polémiques à ce sujet. En 2023, elle a été condamnée à une amende de 5,8 millions de dollars pour avoir partagé pendant des années avec ses employés et sous-traitants les vidéos de ses clients, mais aussi les adresses postales et mots de passe, revendus ensuite sur le dark web. Si Amazon assure que les données faciales sont confidentielles, et stockées pendant seulement six mois avant leur suppression, plusieurs médias américains soulignent aussi l'étroite collaboration de l'entreprise avec les forces de l'ordre et de l'immigration locales, à qui il est possible d'envoyer les vidéos prises par les sonnettes Ring. 

Pour l'instant, la fonctionnalité de reconnaissance faciale n'est disponible que sur les nouveaux appareils vendus aux Etats-Unis, mais nul doute qu'elle pourrait se répandre chez les utilisateurs Ring d'autres pays. D'ailleurs, la concurrence étant ce qu'elle est, les autres marques ne manqueront pas de prendre rapidement le virage de l'intelligence artificielle à leur tour. C'est déjà le cas des appareils domotiques Google Nest par exemple, avec lesquels le risque semble toutefois moindre, car les données faciales ne sont stockées que localement.