On s'énerve tous au volant et "ce n'est pas qu'une question de tempérament" nous dit un psy

63% des automobilistes reconnaissent injurier les autres conducteurs au volant. Le psychologue Vincent Joly nous explique la véritable raison de ces grossièretés sur la route.

On s'énerve tous au volant et "ce n'est pas qu'une question de tempérament" nous dit un psy
© voronaman

On a tous vécu la scène. Une voiture freine trop brusquement, fait une queue de poisson, crée des embouteillages, un scooter se faufile, un automobiliste change de voie sans avertir en actionnant son clignotant... Et soudain, les insultes fusent. Selon une étude publiée par la Fondation VINCI Autoroutes, 63% des conducteurs admettent avoir injurié un autre automobiliste, 54% ont déclaré klaxonné de manière intempestive et 30% collent la voiture de devant quand ils estiment qu'elle n'avance pas assez vite. Pourtant, dans la vie quotidienne, ces mêmes personnes se montrent souvent calmes, polies, mesurées. Alors pourquoi le volant transforme-t-il presque tout le monde en conducteur grossier ?

Certes, il faut prendre en compte le fait que les voitures nous isolent de l'extérieur et permettent de se défouler verbalement sans craindre les conséquences, ni entrer en conflit avec les autres : "on va se mettre en colère sans que ce soit de la communication, cest une bulle qui va nous décharger, on peut crier très fort sans avoir peur que l'autre vienne nous voir", rappelle le psychologue Vincent Joly. C'est d'ailleurs assez similaire de ce que l'on peut trouver dans les commentaires sur Internet ou lorsqu'on critique une personne devant son écran de télévision, ajoute-t-il. Mais, contrairement à une idée répandue, les conducteurs les plus virulents au volant ne le sont pas seulement parce qu'ils ont un tempérament nerveux dans la vie de tous les jours. Selon Vincent Joly, "ce n'est pas le premier facteur, il y a des causes extérieures qu'on a tendance à oublier", nous explique-t-il. 

Pourquoi les conducteurs deviennent grossier au volant ? © lauradalmau

Si la plupart des automobilistes s'énervent et s'insultent sur la route, c'est avant tout parce que "la tâche est difficile à réaliser, anxiogène et dangereuse, qui nécessite de l'attention". Pour éviter tout drame, on n'a pas le droit à l'erreur. C'est donc la peur de provoquer un accident qui entraîne ces énervements selon le psychologue, bien plus que le tempérament. D'ailleurs, "plus la situation est stressante, plus on va se mettre en colère", notamment lorsqu'un livreur est pressé et doit respecter un timing. Certains passagers peuvent parfois s'emporter du fait de ne pas avoir le contrôle du véhicule (parce qu'ils ne sont pas en confiance) tandis qu'un enfant, à l'inverse, ne se préoccupera pas de la conduite de ses parents. En outre, un passager dans un taxi sera beaucoup plus détendu, même s'il y a des embouteillages ou de mauvais conducteurs, tout simplement "parce que ce n'est pas nous qui avons à réaliser la tâche, qu'on a moins peur", précise le spécialiste.

Pour Vincent Joly, cette tension déjà élevée est aujourd'hui amplifiée par un facteur supplémentaire : "comme conduire est compliqué, l'usage du téléphone augmente la complexité de la conduite et augmente le stress au volant. C'est encore plus dur, et on risque encore plus de s'énerver", souligne-t-il. Plus l'attention est sollicitée, plus la peur de l'erreur grandit, et plus la colère surgit facilement. Ce n'est donc pas seulement une question de mauvaise humeur passagère ou de caractère mal maîtrisé, mais bien la conséquence directe d'un environnement de conduite de plus en plus exigeant, où le stress laisse peu de place au calme.