Voici le moment où dormir avec son enfant commence à "poser problème" selon une psychopédagogue
Les experts ne sont pas tous d'accord sur l'âge auquel il faudrait cesser de partager le lit parental avec un enfant. Caroline Ferriol, psychopédagogue spécialiste du sommeil, nous détaille les "signaux d'alerte" à repérer.
C'est une question que beaucoup de parents se posent : jusqu'à quel âge peut-on dormir avec son enfant ? Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les avis divergent. À la naissance, la plupart des parents optent pour un lit cododo, plus pratique pour allaiter bébé ou lui donner le biberon la nuit sans avoir à se lever. Mais cette habitude peut parfois durer : certains enfants finissent par dormir au milieu de papa et maman jusqu'à l'âge de deux ou trois ans, voire plus. Et du côté des experts de la pédiatrie et du sommeil infantile, là aussi, personne n'arrive à se mettre d'accord. Si l'OMS recommande le partage de chambre (et non de lit, en raison du risque de mort inattendue du nourrisson) jusqu'aux six mois du bébé, rien ne prouve qu'une pratique soit véritablement meilleure qu'une autre pour les enfants qui grandissent.
"Tant que le cadre de sommeil est sécurisé, que tout le monde dort suffisamment bien, et que ce choix est assumé par les parents, il n'y a pas un âge au-delà duquel on pourrait dire que c'est 'anormal' de partager le lit parental", nous assure Caroline Ferriol, psychopédagogue spécialisée dans le sommeil des enfants*. Comme le précise la spécialiste, il n'existe pas d'étude ayant prouvé que le cododo tardif était responsable de troubles du développement ou du comportement chez l'enfant. En revanche, il y a bien un moment où cette cohabitation dans le lit parental peut s'avérer problématique.
"Ce qui peut poser problème, ce n'est pas tant le fait de dormir ensemble que la manière dont cela se passe et ce que cela produit au quotidien", explique Caroline Ferriol, préférant parler de "signaux d'alerte" plutôt que d'un âge précis au-delà duquel cette configuration n'est plus souhaitable. D'abord, le premier point à remarquer est celui du mauvais sommeil, tant chez l'enfant que chez les parents. Se réveiller plusieurs fois dans la nuit ou s'agiter peut être un indicateur. Si les parents dorment mal mais n'osent pas changer les choses par "peur de la frustration ou des angoisses que cela pourrait produire chez leur enfant", c'est aussi un signe que la situation n'est plus favorable, d'autant plus s'il en découle "un climat de tension, de reproches ou de conflits dans le couple autour de ce sujet".
Mais le point le plus important à surveiller, c'est le cas où l'enfant est dans "l'impossibilité totale de s'endormir ou de se rendormir autrement que dans le lit parental". Que ce soit pour une sieste, dans la voiture, ou dans toute autre situation, si l'enfant ne parvient jamais à s'endormir sans ses parents, il faut commencer à s'alerter. "Dans ces cas-là, le sommeil partagé n'est plus un choix serein, c'est un arrangement qui ne fonctionne plus", souligne Caroline Ferriol. S'il ne représente pas un "risque" à proprement parler pour le développement, le partage de lit peut tout de même devenir "un facteur de fatigue chronique, de stress familial, de tensions fortes et parfois de difficultés à développer d'autres ressources d'endormissement chez l'enfant". Dans certains cas, cela peut aussi mener à une angoisse de la séparation, des difficultés à gérer ses émotions et à se concentrer pour l'enfant fatigué, mais également une colère (involontaire) des parents envers l'enfant.
En somme, il n'existe aucune règle immuable quand il s'agit de dormir ou non avec son enfant. "Il n'y a pas d'âge universel au-delà duquel partager le lit parental deviendrait 'mauvais' par principe. Il y a des questions de sécurité à respecter, des réalités de sommeil à écouter, des besoins d'attachement à honorer, et des repères à donner pour que l'enfant puisse, peu à peu, s'approprier aussi son propre espace de sommeil le moment venu", conclut Caroline Ferriol. Le plus important est de respecter une certaine cohérence, et de mener une transition en douceur à partir du moment où le cododo ne convient plus à toute la famille.