"J'ai bien fait d'en parler à temps à mes parents" : trop de familles repoussent cette conversation essentielle
Sujet tabou par excellence, personne n'ose en parler avec ses parents. Pourtant, il est crucial de le faire avant qu'il ne soit trop tard.
Les opinions politiques, la religion, la vie et l'intimité de couple, les choix d'éducation, la situation financière ou même le mal-être au travail... La liste des sujets qu'on préfère ne pas aborder en famille est longue. Mais l'un d'eux est particulièrement redouté par les parents, comme par leurs enfants, pourtant devenus adultes. En repoussant éternellement la discussion, le risque est de se retrouver le jour J avec des problèmes que l'on n'avait pas anticipés.
Des conflits éclatent dans les fratries, incapables de trouver un terrain d'entente ; tandis que les enfants uniques sont perdus face à leurs options, entièrement seuls pour prendre des décisions fondamentales. Vous l'aurez compris, il s'agit de la succession. "C'est une question qui me trottait dans la tête : que faire de la maison quand mes parents ne seront plus là ?, nous raconte Lucile. Je suis fille unique et je vis loin de chez eux. Je n'ai pas l'intention de venir y habiter, mais la vendre me brise le cœur, car c'est là où j'ai grandi. Et que faire de l'entreprise de mon père ? Nous n'avons pas le même métier, et je ne sais rien de la façon de revendre une société..." Pour éviter de se retrouver dans cette situation angoissante sans y être préparée, la jeune femme de 25 ans a donc décidé de briser la glace.
"Je me suis dit, c'est un sujet triste donc autant l'aborder avec humour. Mon père parlait du crédit sur la maison, et j'ai fait une blague sur le fait qu'ils avaient intérêt à le rembourser avant de passer l'arme à gauche, pour que le fardeau ne me retombe pas dessus !" Loin de vexer ses parents, ce trait d'humour noir a permis à Lucile de lancer la conversation plus naturellement. C'est aussi comme ça que Céline s'y est prise pour aborder le sujet avec sa famille. Aînée d'une fratrie de trois enfants, dont les parents possèdent plusieurs biens immobiliers, elle a évoqué la question du partage afin de prévenir un futur conflit : "Nous avons discuté avec nos parents, et nous nous sommes dit qu'il valait mieux se répartir les propriétés – selon leur valeur pécuniaire bien sûr, mais aussi leur dimension sentimentale qui est différente pour chacun – plutôt que de tout diviser en trois. On savait qu'on s'engueulerait forcément, pour se racheter les parts si l'un ne voulait pas vendre par exemple... Là au moins, on peut y réfléchir tous ensemble, sans contrainte de temps."
C'est avec le même soulagement que Lucile est ressortie de cette discussion familiale. "Ils m'ont dit : 'Ne t'embête pas, vends la maison, tu auras toujours les souvenirs.' Et mon père m'a assuré qu'il prendrait les dispositions pour sa société, pour que je ne me retrouve pas noyée dans un jargon juridique auquel je ne comprends rien. Ça m'a ôté d'un véritable poids." Car personne ne nous apprend comment gérer cette étape inévitable, tant du côté administratif qu'affectif. "Mes parents sont encore jeunes, ils n'ont que 53 et 58 ans. Mais je sais que j'ai bien fait d'en parler à temps, avant qu'il ne soit trop tard. Ça ne m'aidera pas à surmonter le deuil, évidemment, mais je me sens plus apaisée", conclut la jeune femme.