Protection de l'enfance : quelles solutions ?

Perrine Goulet, députée de la Nièvre et ancienne enfant placée, témoigne de son parcours et se porte candidate pour porter la parole des enfants en tant que chargée de la protection de l'enfance. Voici ses propositions.

Protection de l'enfance : quelles solutions ?
© Perrine Goulet

En France, deux enfants meurent chaque semaine, un viol a lieu toutes les heures, 73 000 enfants sont victimes de violences et un SDF sur 4 est ancien enfant placé. Il y a donc urgence à agir, et le récent documentaire "Enfants placés : les sacrifiés de la République", diffusé sur France 3, a permis de réveiller les consciences. Alors que le gouvernement a assuré qu'il nommerait dans les prochaines semaines un secrétaire d'Etat ou un haut-commissaire en charge de la protection de l'enfance, Perrine Goulet, députée de la Nièvre et ancienne enfant placée, se dit "prête à porter la parole de chaque enfant". Elle livre son parcours au Journal des Femmes et propose des solutions pour mieux protéger les jeunes. "Je n'accepte plus que des enfants, comme moi, finissent dans la rue, la prostitution ou pire encore décèdent sous les coups", déclare-t-elle. 

Quel est votre parcours, en tant qu'ancienne enfant placé ?

Perrine Goulet : Pendant 20 ans j'ai oublié que j'avais grandi dans un foyer, dans le giron de l'Etat. Je me suis battue de toutes mes forces pour tenter d'effacer ce que j'avais pu vivre.  J'ai dû me battre davantage pour essayer de me construire un avenir sur ce passé chaotique. Pour me rassurer, et comme beaucoup d'autres, j'ai naïvement cru que ce que j'avais vécu ne concernait que moi. J'aurai aimé être une exception. J'aurai aimé savoir que cela n'arrivait plus, que la protection de l'enfance avait évolué. Et finalement, je m'en suis sortie. Le destin ne me prédestinait pas à être élue députée de la nation. 

Que pensez-vous de la protection de l'enfance aujourd'hui ?

Depuis un an, dans le cadre de mes missions et de mon mandat, j'ai investigué pour savoir comment nous traitions en France l'enfance maltraitée. A ma grande surprise et après avoir rencontré chaque acteur concerné, associations de protection de l'enfance, anciens enfants placés comme moi, le Défenseur Des Droits ainsi que le Conseil National de la Protection de l'Enfance, j'ai constaté que le système continue à broyer des enfants. Si la justice et l'aide sociale à l'enfance sauvent des vies, il n'en demeure pas moins qu'il y a urgence à réformer notre dispositif. Le sort que la République réserve à ses enfants, dont pourtant elle devrait assurer la protection et l'éducation, n'est plus tolérable.

Le Président de la République, conscient de cette urgence, envisage de nommer un haut-commissaire ou un secrétaire d'état chargé de l'enfance. L'ensemble des partenaires de la protection de l'enfance sont depuis longtemps impatients d'avoir cette interlocutrice privilégiée nommée. La personne choisie doit s'attacher à piloter une politique interministérielle forte, à négocier précisément l'implication des départements, et à y associer les personnes concernées. Aujourd'hui, je me sens prête. Prête à porter la parole de chaque enfant. 

Quelles sont vos propositions pour mieux protéger les enfants ? 

  • Mieux détecter la maltraitance. Pour enrayer la spirale des infanticides, il faut former chaque personne œuvrant auprès des enfants aux repérages et à l'évaluation du danger. Le Conseil National de la Protection de l'Enfance conseille la mise en œuvre d'un révérenciel d'évaluation national. La meilleure façon de prévenir les violences est de renforcer le rôle des services de PMI pour leur permettre d'accompagner les parents en difficultés . 
  • L'intérêt de l'enfant, une obligation. Il est insupportable qu'un enfant soit séparé de sa famille d'accueil sous prétexte qu'il faille privilégier la place des parents pourtant défaillants. Pour se construire, un enfant a besoin d'un lien d'attachement durable avec une personne bienveillante. S'ils sont bien quelque part, écoutons sa parole, ne le déplaçons plus ! 
  • Une urgence de santé publique. Les enfants placés souffrent. En conséquence, il faut des soins urgents, spécifiques et durables. Nous connaissons le triste sort réservé à la psychiatrie, mais il est urgent de créer des réseaux de soins psychiques et des unités de soins pédopsychiatriques dans chaque département. Ne pas investir dans le soin des enfants, c'est risquer que les victimes deviennent de futurs bourreaux. Je sais que nous pouvons compter sur l'engagement total de la Ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn, sur ce sujet. Elle envisage la prise en charge à 100% les frais médicaux de ces enfants. 
  • Des normes protectrices. Actuellement, il n'existe aucune norme de qualification et d'encadrement pour la protection de l'enfance. Il n'est pas normal que le personnel des foyers n'ait pas besoin d'avoir de diplômes et qu'il ne soit pas précisé le nombre d'enfants que doit encadrer un éducateur. Pourtant, dans les crèches ou dans les centres de loisirs, la loi précise clairement les diplômes nécessaires pour y travailler et le nombre d'enfants sous la responsabilité de chaque professionnel. Pour ne pas maintenir cette inégalité dans l'accueil des enfants, il faut légiférer en la matière.
  • Des mesures judiciaires exécutées. Les magistrats de la Seine Saint Denis ont tiré la sonnette d'alarme. Leurs décisions ne sont pas exécutées par le département, laissant ainsi des enfants en danger dans leur famille. La mise à l'abri doit être immédiate quand il faut séparer l'enfant de son milieu familial. L'aide éducative à domicile doit être déclenchée dans les 15 jours pour accompagner rapidement l'enfant et ses parents.  
  • Les pouvoirs publics : de bons parents ? Les départements ne peuvent plus abandonner à l'hôtel ou à la rue les enfants ou les jeunes. Que dirait-on d'un parent qui reléguerait à l'hôtel son adolescent trop bruyant, ou qui jetterai à la rue sa fille de 18 ans au prétexte qu'il n'aurait plus les moyens de payer le vivre et le couvert ? Arrêtons les sortie sèche de l'Aides Sociale à l'Enfance à 18 ans. Accompagnons ces jeunes au-delà de leurs 18 ans jusqu'à leur autonomie sociale et professionnels. 

Lire aussi