Pour saboter la partie de leur rival, ces gamers font intervenir la police lourdement armée
Né aux États-Unis, ce phénomène toxique qui vise les amateurs de jeux vidéos prend une ampleur alarmante en France.
Pour la génération de jeunes joueurs, le jeu vidéo en solo est presque devenu une exception. Aujourd'hui, les espaces virtuels de Fortnite, Call of Duty ou League of Legends sont de véritables lieux de rendez-vous. Jouer à plusieurs, en équipe ou en communauté, est devenu le moyen privilégié pour les adolescents de se retrouver après les cours, de discuter par micros interposés et de partager des moments de complicité. Mais cette hyper-connectivité et l'esprit de compétition poussé à l'extrême ont aussi leur part d'ombre. En effet, certains gamers sont prêts à tout pour ne pas perdre la partie ou se venger du vainqueur.
Ainsi, pour une partie perdue, un refus de troquer un objet virtuel ou une simple volonté de saboter la session d'un rival en plein direct, des adolescents et jeunes adultes utilisent désormais une méthode toxique, née et popularisée aux États-Unis, qui s'installe de manière très préoccupante en France. Le principe est d'une simplicité déconcertante mais ses conséquences sont dramatiques : derrière son clavier, un internaute malveillant va modifier sa voix et manipuler les services de secours pour qu'ils s'en prennent à sa cible, sans que cette dernière ne se doute de rien.

Ce phénomène porte un nom bien connu des services de police : le swatting. Tiré de l'acronyme "SWAT" (l'unité d'élite de la police américaine), ce canular criminel consiste à passer un appel anonyme aux forces de l'ordre en inventant un crime abominable au domicile de la victime (une prise d'otages, un meurtre de sang-froid ou une alerte à la bombe imminente). En quelques minutes, la victime, souvent un joueur de jeu vidéo ou un streamer en plein direct sur internet, voit sa porte défoncée par des policiers lourdement armés (comme le RAID ou le GIGN en France). "Un hélicoptère survole ma maison", s'écrit un joueur en ligne, quand un autre s'étonne en pleine partie de voir les forces de l'ordre débarquer dans sa chambre.
En France, le swatting n'est pas une simple mauvaise blague d'adolescent. Dénoncer un crime imaginaire pour provoquer l'intervention inutile des secours est un délit sévèrement puni par le Code pénal. Les auteurs, même mineurs, risquent jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
Au-delà du traumatisme psychologique immense pour les victimes, qui se retrouvent braquées par des armes automatiques chez elles, cette pratique épuise et disperse les forces de l'ordre. Pendant que des brigades d'élite interviennent sur une fausse prise d'otages déclenchée par un gamer mécontent, elles ne sont pas disponibles pour de réelles urgences. Face à cette recrudescence, les enquêteurs spécialisés affinent leurs méthodes pour traquer l'adresse IP et l'identité de ces expéditeurs de l'ombre, rappelant qu'un pseudonyme sur un jeu vidéo ne protège jamais de la justice bien réelle.