"T'es plus mon copain" : la bonne manière de rassurer son enfant, selon un psy
Dans la cour de récré, les amitiés se font et se défont vite. Mais quand un enfant entend " t'es plus mon copain ", la douleur, elle, est bien réelle.
Quand un enfant rentre de l'école maternelle en nous racontant que son ami Victor lui a dit sèchement "t'es plus mon copain", le choc peut être rude. Pour lui, ce n'est pas une petite phrase anodine. "Chez les petits, l'enjeu du rejet est énorme. Ça peut être vécu comme un drame", nous explique le psychologue Vincent Joly. Car à cet âge, les mots font mal. Ils touchent directement l'estime de soi. L'enfant peut vite se demander s'il est nul, s'il ne vaut rien, s'il n'est pas aimable. Et ce doute s'installe d'autant plus facilement qu'il ne comprend pas ce qu'il vit et qu'il a du mal à mettre des mots sur ses émotions.
C'est ce qui est arrivé à Justine, maman d'un petit Léo âgé de 3 ans et demi, plutôt discret et réservé. Chaque matin, le petit garçon allait à l'école en pleurant à chaudes larmes, car il avait du mal à s'intégrer avec les autres enfants qui le repoussaient chaque jour... Alors comment réagir quand son enfant n'a pas vraiment d'ami avec lequel jouer dans la cour de récré ? "Le plus important, c'est de comprendre ce qu'il se passe" précise le psychologue. Or, les enfants racontent peu et comprennent mal eux-mêmes ce qu'ils traversent. Il faut donc enquêter, poser des questions simples, parfois demander à la maîtresse ou à l'ATSEM. En effet, "en maternelle, les adultes ont un rôle central" pour débloquer une situation. "Une équipe attentive peut aider un enfant à s'intégrer, calmer les tensions, intervenir dans le groupe, ils sont les interlocuteurs privilégiés pour observer et agir".
Une fois le contexte éclairci, les mots viennent plus naturellement. Ainsi, quand Justine a compris que son enfant essayait chaque jour de redevenir copain avec Victor (qui le rejetait sans cesse), elle lui a fait comprendre qu'il pouvait se tourner vers d'autres camarades de classe. "Quand je lui ai dit : "moi, Victor, ce n'est plus mon copain !", mon fils m'a répondu "ah bon ? Alors moi non plus !" Je lui ai fait comprendre qu'il avait le droit de choisir d'autres copains ou copines, plus gentils"... nous raconte la jeune maman. En effet, rappeler à l'enfant qu'il peut choisir ses relations aide beaucoup. Cette idée résonne chez les enfants, car elle leur redonne du contrôle sur la situation et leur montre qu'ils ne sont pas coincés dans une relation qui leur fait du mal.
Car le rejet touche au cœur, et à tout âge. "On a tendance à le prendre pour soi. On se dit : s'il ne m'aime pas, c'est que je ne vaux rien." Même à trois ans, ce mécanisme existe déjà. Le regard de l'autre devient un miroir, et ce miroir peut être dur. Le rôle des parents est alors de reconstruire l'estime de leur enfant, de lui rappeler sa valeur. "Il se trompe. Tu vaux quelque chose. Et tu peux créer un lien avec quelqu'un d'autre."
Mais que les parents se rassurent, chez les tout-petits, les relations changent chaque jour ou presque. "Une semaine après, mon fils Léo était tout content en rentrant de l'école : il m'a confié quaujourd'hui, "Victor, c'était "trop" son "copain", nous confie Justine. Finalement, à l'image des éducateurs sportifs qui font jouer chaque enfant, même les moins à l'aise, il faudrait inclure tous les enfants dans les interaction en classe ou à la récréation. Pour Vincent Joly, l'essentiel n'est pas de punir l'enfant qui a été méchant, mais de créer un environnement sécurisant, où chacun se sent reconnu et soutenu.