"Les parents ne veulent pas le savoir" : un psy revient sur ce problème qui concerne TOUS les ados

Pour Vincent Joly, psychologue pour enfants et adolescents, ce phénomène concerne tous les jeunes, quel que soit le milieu social, l'âge ou la religion.

"Les parents ne veulent pas le savoir" : un psy revient sur ce problème qui concerne TOUS les ados
© josecalsina

Quand on est parents d'ados, on se dit qu'on est tous passés par là, et on se doute de ce que nos jeunes peuvent vivre au quotidien. Mais plus l'écart d'âge est important, plus les mentalités et les habitudes évoluent. C'est notamment le cas avec les réseaux sociaux et l'accès de plus en plus jeune aux nouvelles technologies. La plupart du temps, les parents sont dépassés. Ils tentent d'imposer des contrôles parentaux pour limiter certains contenus en ligne et protéger leurs enfants, ce qui est plutôt recommandé. Mais dans les faits, les jeunes savent très bien contourner ces restrictions s'ils le veulent... Selon Vincent Joly, psychologue pour enfants et adolescents, cela pose un problème majeur, qui est commun à tous les jeunes.

En effet, selon un sondage OpinionWay mené en 2018, près d'un enfant sur trois âgé de 12 ans a déjà été exposé à du contenu pornographique, et 62 % des jeunes disent avoir vu leurs premières images pornographiques avant d'entrer au lycée, soit avant 15 ans. "Ce qui est général à tous les ados, c'est le rapport aux images, à ces contenus courts, sans mise en scène, avec tout qui est montré y compris des scènes de viols. Ça ne veut pas dire qu'ils regardent régulièrement, mais ils en ont tous vu avant leur première fois" nous confirme le psychologue. 

Bien qu'ils voient ces images, cela ne signifie pas que les ados vont vouloir faire pareil : "heureusement, pour la majorité, cela ne va pas avoir de conséquence et la plupart ne vont être ni fascinés ni traumatisés", assure le spécialiste. Mais pour ceux qui vont "copier", "c'est une catastrophe dont les pouvoirs publics ont commencé à prendre conscience". Côté parents, cela reste un sujet tabou : "c'est complètement mis sous le tapis, les parents ne veulent pas le savoir, c'est trop choquant", estime Vincent Joly. Car dans les faits, voir des images pornographiques est devenu très fréquent chez les jeunes qui s'en servent principalement pour se masturber. Le problème, "c'est que cela passe par du contenu très cru qui donne des représentations irréelles de la sexualité"

Le pire, c'est que certains enfants tombent dessus par hasard, avec une fenêtre "pop up" qui s'ouvre et là, ça en devient choquant. "On est à une époque où l'on insiste sur le consentement, le respect du partenaire, le fait de ne pas imposer son désir à l'autre, or la découverte de la sexualité se fait par la découverte d'images porno, c'est totalement contradictoire !" dénonce Vincent Joly. Pour lui, tous les adolescents sont concernés, "quel que soit le milieu social, l'âge de l'enfant ou le statut des parents".

Lorsqu'il conseille les jeunes venus le consulter après avoir visionné ce type de contenu, le psychologue fait une comparaison simple avec les films d'horreur pour leur faire prendre conscience que rien n'est pareil dans la réalité. "Les corps ne sont pas les mêmes, les contenus sont très violents, mais cela n'a rien à voir avec une bagarre dans la cour de récré. Si les jeunes veulent passer leur permis de conduire, ce ne sera pas comme dans Fast & Furious... Finalement, le porno, c'est un peu pareil : une représentation carnavalesque de la sexualité ou tout est trop par rapport à la vraie vie", explique le spécialiste. 

Il conseille d'ailleurs aux parents de faire prendre conscience de la réalité à leurs enfants, dès l'âge de 9-10 ans. Si vous recherchez le bon moment pour leur en parler, cela peut être lors de l'installation d'un contrôle parental, en leur expliquant pourquoi, en les prévenant simplement du danger. Cela peut être intéressant de leur dire clairement les choses : "sur internet, il y a des images violentes, et je ne veux pas que tu voies des gens qui s'entretuent, ou qui sont nus et qui font des choses bizarres". Le choc sera alors moins brutal s'ils sont prévenus des risques.