Je suis psy : la peur d'Halloween aide les enfants bien plus qu'on ne le pense
Monstres, décors lugubres, ambiance inquiétante… Halloween semble fait pour effrayer. Pourtant, si les enfants l'adorent, ce n'est pas un hasard, nous explique le psychologue Vincent Joly.
Dans l'imaginaire collectif, Halloween coche toutes les cases de la fête effrayante et familiale. Petits et grands se glissent dans la peau de créatures monstrueuses, tandis que les maisons se parent de décors sombres. L'objectif ? Créer une ambiance terrifiante et se faire peur par tous les moyens, y compris chez les plus jeunes : dès l'âge de 6-7 ans, certains enfants apprécient ce caractère de "terreur". Ils aiment se faire peur à Halloween, mais alors pourquoi ?
Historiquement, comme nous le rappelle Vincent Joly, psychologue et psychothérapeute à Paris, Halloween est liée à la Toussaint, la fête des morts, et à l'origine à la Samain, une ancienne célébration païenne où, selon la croyance, le monde des vivants et celui des morts se rejoignaient. Or, la mort est un sujet assez tabou dont les parents tentent généralement de protéger les plus jeunes pour éviter de les effrayer. Ne sachant donc presque rien à ce sujet, "les enfants ont besoin d'aller explorer, comprendre et d'affronter ce qu'on leur cache", nous explique le spécialiste. C'est ainsi qu'ils bravent ces "interdits" en se déguisant en monstres ou en morts-vivants, tout en se faisant peur entre eux.
Les enfants un peu plus âgés le font aussi, la raison est différente. Ils s'effrayent entre eux, car ils ressentent une peur joyeuse à Halloween, "ce qui est étonnant d'un côté, car ils s'amusent et rigolent sur un thème assez particulier", note l'expert. Pour autant, les plus grands ont le contrôle sur cette peur. "Le côté effrayant d'Halloween est finalement assez festif pour eux. Ils jouent, en quelque sorte, de manière active à se mettre en danger pour de faux. Ce n'est pas un danger ou une angoisse qu'ils subissent et c'est donc moins effrayant pour eux", ajoute-t-il. Aussi, dans une certaine mesure, les enfants se servent de cette fête "pour mettre en scène la part d'eux-mêmes qui est sombre, plus pulsionnelle, qu'ils cachent le reste du temps. Ce qui est d'ailleurs un enjeu majeur pendant la période de l'adolescence", souligne Vincent Joly. Ils s'autorisent finalement à montrer une autre facette d'eux-mêmes le jour d'Halloween, et ce, d'une manière "jouissive" en portant un masque ou un déguisement.
Cette mise en scène ludique de la peur leur permet aussi de mieux appréhender leurs émotions : en riant après un frisson ou un cri, ils apprennent à distinguer la peur réelle de la peur fictive. Halloween devient ainsi un terrain d'expérimentation émotionnelle, où l'on joue à grandir sans s'en rendre compte. Enfin, si vous vous posez la question des tout-petits, les enjeux ne sont généralement pas les mêmes à Halloween. Eux, ce qu'ils attendent avant tout, ce sont les bonbons et l'aspect festif de la journée.