Tenues islamiques à l'école : 22% de signalements pour atteinte à la laïcité

Selon des chiffres récoltés par l'Education nationale et dévoilés par Pap Ndiaye ce 25 juin, le port de tenues religieuses représente 22% du total des signalements pour atteinte à la laïcité. 139 cas ont été recensés entre décembre 2021 et mars 2022 dans les établissements scolaires français.

Tenues islamiques à l'école : 22% de signalements pour atteinte à la laïcité
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Signes religieux à l'école : quels sont les chiffres ?

[Mise à jour le 28 juin 2022]. Selon Pap Ndiaye qui s'est confié au Parisien ce 25 juin, il y a eu 627 signalements pour des atteintes à la laïcité de décembre 2021 à mars 2022 dans les écoles, les collèges et les lycées. Des chiffres stables et même en légère baisse sauf concernant les signalements pour port de signes et tenues religieuses qui ont connu une hausse de 7% pendant la même période. Le port de tenues religieuses représente ainsi 22% du total des signalements pour atteinte à la laïcité et 139 cas ont été comptabilisés. Un phénomène jugé préoccupent par Pap Ndiaye qui a décidé de prendre des mesures supplémentaires. "J'ai décidé d'avoir une évaluation mensuelle à partir du mois de septembre plutôt que trimestrielle, pour avoir moins d'attente sur ces chiffres", a ainsi expliqué le ministre de l'Education nationale.

"Une épidémie de tenues islamiques"

C'est une étude sur la présence de signes religieux dans les établissements scolaires qui avait mis le feu aux poudres. En effet, une enquête du journal l'Opinion, révélait des incidents survenus dans plusieurs académies ces derniers mois en raison d'une "épidémie" de tenues islamiques telles que les abayas et kamis. Ces longues robes ou tuniques tombant jusqu'aux pieds et portées par les hommes "ont fait leur apparition aux portes de plusieurs lycées" précisait le journal. Un phénomène confirmé par une note du renseignement territorial révélée ce 14 juin par RTL qui évoque 144 ports de signes religieux ostentatoires par des élèves entre janvier et mars, soit 50 % de plus que le trimestre précédent. Le 16 juin dernier, juste avant de passer le Bac, une altercation a eu lieu entre une CPE et une lycéenne venue passer son épreuve au lycée Charlemagne, dans le 4ème arrondissement de Paris. Portant un voile, l'élève s'est vue demander de le retirer expressément pour pouvoir pénétrer dans l'établissement, et permettre de procéder aux vérifications d'identité usuelles. S'y conformant après un refus initial, l'élève a ensuite été accompagnée dans sa salle d'examen.  Raconté sur Twitter, un ami de la lycéenne affirme que la responsable avait tout de même refusé l'accès à la classe et parle d'un affrontement "d'une violence inouïe" et "islamophobe". La fonctionnaire a déposé plainte vendredi 17 juin auprès du Parquet de Paris pour " harcèlement moral en ligne" et " mise en danger de la vie d'autrui par diffusion d'informations relatives à la vie privée ". De nombreux followeurs ont effectivement réclamé la publication de son identité.

Tenues religieuses à l'école : 75% des Français inquiets 

Selon un sondage de l'Institut CSA réalisé pour CNEWS basé sur les réponses de 1010 personnes, et publié ce mercredi 15 juin, 75% Français se disent inquiets face à l'augmentation du nombre de tenues religieuses à l'école. Dans le détail, 43 % des personnes interrogées se disent "tout à fait inquiètes" et 32 % "plutôt inquiètes". A l'inverse, 13 % ne le sont "plutôt pas" et 12% "pas du tout". Une inquiétude qui augmente avec l'âge : si les 18-24 ans sont 58 % à ne pas manifester d'inquiétude,  87 % se disent préoccupés chez les 65 ans et plus. Dans les camps politiques, ce sont surtout les sympathisants de LR (95%) et de Reconquête (100%) qui sont inquiets alors que ceux de LFI ne sont "que" 53% à l'être. Les sympathisants socialistes sont 70 % à se dire inquiets, les macronistes 84% et les sympathisants du RN 90%.

Le 14 juin dernier, Pap Ndiaye a été interrogé lors de sa première conférence de presse sur l'augmentation, inquiétante selon certains, des signes religieux à l'école. "Nous sommes en train de collecter et de faire remonter un certain nombre d'informations pour avoir une vision bien synthétique de cette situation et pouvoir la caractériser calmement (..) Nous avons des remontées trimestrielles. Nous sommes dans un temps normal, qui consiste à faire remonter vers les académies, puis à l'échelle nationale. J'échangerai à ce sujet avec les recteurs dans deux jours pour avoir une vision aussi claire et calme que possible. Le président de la République y a fait allusion il y a quinze jours. Nous sommes dans un temps raisonnable pour pouvoir agir", a répondu le nouveau ministre de l'Education nationale. "Nous sommes très bien équipés pour répondre à ce phénomène, encore faut-il le mesurer et bien l'évaluer à l'échelle nationale , a ajouté Pap Ndiaye qui rappelle que les établissements peuvent à leur niveau, appliquer "des lois républicaines sur l'interdiction de signes religieux à caractère ostensible et prosélyte dans les écoles".

Les signes religieux à l'école interdits ?

Lors d'une visite à Marseille ce 2 juin aux côtés de Pap Ndiaye, Emmanuel Macron avait réagi en rappelant les principes de la laïcité : "Pour tous les élèves dans nos écoles, il n'y a pas de signes religieux, quels qu'ils soient". Le président de la République réclamait "de la clarté sur tous les chiffres" et demandait à ce "que la loi de la République s'applique". Concrètement, le texte de loi concernant le principe de laïcité précise que "dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit".

Le chef de l'Etat, qui soutient Pap Ndiaye, vivement critiqué depuis sa nomination au poste de ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, avait également tempéré : "comme sur toute matière, quand il y a des "épidémies", il faut qu'il y ait des symptômes et on mesure. Donc nous sommes en situation constamment de mesurer ces informations". Ainsi, on ne peut parler "d'épidémie" tant qu'une enquête plus précise n'a pas été menée au niveau national. "Là-dessus je vais être très clair, la politique que je veux conduire est toujours la même, celle de la vérité. Il ne doit y avoir aucun tabou, aucun interdit et non plus aucun fantasme. Je veux de la vérité, de la clarté sur tous les chiffres. Et ensuite je veux que la loi de la République s'applique", avait-il ajouté. "Et la loi est très claire : pour tous les élèves dans nos écoles, il n'y a pas de signes religieux, quels qu'ils soient. Nous allons regarder, mesurer et répondre avec la plus grande clarté à toutes les situations qui ne respectent pas les lois de la République".