"Encore pire que les animaleries" : le combat de la SPA contre ce business qui traite les chiens "comme des objets"
Adopter un chien ou un chat comme on achète une nouvelle lampe, c'est l'un des fléaux contre lesquels lutte la Société Protectrice des Animaux au niveau législatif. Jacques-Charles Fombonne, président de l'association, nous explique sur quoi se porte actuellement son combat.
Non, s'occuper d'un animal n'est pas chose facile. Certains disent même que c'est "plus difficile que d'élever un enfant" ! Quoi qu'il en soit, les associations et autres experts le martèlent depuis toujours : adopter un chien ou un chat (ou tout autre animal de compagnie) est un véritable engagement, qu'il ne faut pas prendre à la légère. C'est d'abord du temps qu'il faut lui accorder pour son bien-être tant physique qu'émotionnel, c'est de l'argent qu'il faut dépenser pour le nourrir, le soigner ou le faire garder... et parfois des sacrifices qu'il faut faire. Pourtant, entre 200 000 et 300 000 animaux sont abandonnés chaque année en France, dont la grande majorité pendant l'été, quand ces petites boules de poils deviennent un obstacle pour les vacanciers.
Face à ce manque de responsabilisation des propriétaires, la SPA ne fait pas que recueillir les animaux laissés pour compte. Elle se bat aussi contre les adoptions compulsives, qui mènent trop souvent à de la maltraitance ou des abandons. Une loi, votée en 2021 et entrée en vigueur le 1er janvier 2024, interdit désormais la vente de chiens et de chats dans les animaleries. Mais pour Jacques-Charles Fombonne, président de l'association, ce n'est qu'un début. Désormais, le combat se porte sur un autre fléau, "encore pire" à ses yeux : les salons du chiot et du chaton, où "les animaux sont vendus comme des objets, comme des produits marketing, en dépit de toutes bonnes informations".
Dans ces salons que l'on connaît tous, les exposants jouent sur l'émotion plutôt que sur la raison. Difficile de résister face à ces adorables frimousses âgées de quelques semaines à peine... mais une grande partie des primo-adoptants ne mesurent pas vraiment les contraintes liées à l'éducation d'un animal. Résultat, les chiffres sont plus qu'alarmants : 47,7 % des animaux achetés dans ces salons sont abandonnés ou maltraités dans les mois qui suivent. C'est donc près d'un sur deux, selon une étude de l'association Argos 42, qui estime aussi qu'environ 35 % des chiots vendus en salons meurent prématurément peu après leur acquisition.
Jacques-Charles Fombonne nous le confirme : "Il y a des gens qui nous ramènent le chien le lundi, après l'avoir pris le samedi dans une foire aux chiens." Outre le manque de préparation des nouveaux maîtres, il y a aussi un manque d'informations concernant les besoins spécifiques d'une race par exemple. "Il y a quelques années, Brigitte Bardot avait fait une vidéo en caméra cachée. Ils avaient choisi un Cane corso, qui fait 60 kilos à l'âge adulte. Le complice jouait l'ignorance, et le vendeur lui a confirmé qu'il n'allait pas beaucoup grandir, qu'il n'aboyait pas et qu'il ne mangeait pas grand chose. Les gens partent avec le chien mais s'aperçoivent vite qu'on les a trompés. Et là, ils nous les ramènent à la SPA", déplore le président de l'association.
Pourtant, depuis le 1er octobre 2022, un certificat d'engagement et de connaissance est obligatoire pour toute adoption d'un animal de compagnie. Un document qui vise à "éviter les achats coup de cœur" et à "responsabiliser les acquéreurs sur les besoins" de l'animal, comme l'explique le site du ministère de l'Agriculture. Pourtant, les adoptions impulsives existent toujours, notamment car certains exposants dans les salons sont peu regardants à ce niveau. En effet, le certificat doit être signé au moins 7 jours avant l'acquisition de l'animal afin d'accorder un délai de réflexion, ce qui conduit à des dérives. "Les gens qui vont adopter un chien le samedi n'ont pas forcément pensé au certificat, alors les vendeurs vont volontairement l'antidater", nous explique Jacques-Charles Fombonne. Chez un éleveur en règle, on signale à l'adoptant qu'il faudra revenir plus tard avec les papiers. Mais dans un salon qui ne dure que deux jours, certains préfèrent passer outre.
Avec le soutien de la SPA, une première proposition de loi "visant à interdire la vente de chiens et de chats dans les foires et salons" a été déposée à l'Assemblée nationale le 11 juillet 2025. Une seconde a été redéposée le 3 mars 2026. Toutes deux rappellent que les conditions présentes lors de ces événements mènent à "un stress extrême, un sevrage prématuré, des nids à virus ou un manque de soins adaptés" à des animaux de cet âge. Des pratiques qui "pénalisent aussi les acheteurs" qui pensent adopter un compagnon en bonne santé et qui "se retrouvent confrontés à la perte rapide de leur animal ou à des frais vétérinaires parfois colossaux pour tenter de le sauver". En somme, interdire la vente de chiens et de chats dans ces salons vise à protéger autant les animaux de la souffrance que les familles de la "tromperie commerciale".