ADN : Maïwenn éblouissante dans la quête de sa propre histoire

En salles le 28 octobre, "ADN" marque la 5e réalisation de Maïwenn. Un film choral pétulant et sensible dans lequel l'intéressée se met en scène sous les traits d'une jeune femme fouettée par les vents contraires familiaux après la mort du grand-père. Le Journal des Femmes vous donne trois raisons d'assister à ces funérailles.

ADN : Maïwenn éblouissante dans la quête de sa propre histoire
© Le Pacte

L'obsession pour boussole

L'œuvre de Maïwenn est bouillonnante, instinctive, ardente. A l'image de celle d'Abdellatif Kechiche, elle a pour kérozène le vivant, les corps qui s'échauffent, les paroles qui fusent : un cinéma naturaliste de l'instant, de la viscéralité, qui circule comme une bourrasque.

Ses films, manifestant si bien sa fougue artistique, naissent toujours d'une obsession. De cette idée fixe qui grossit dans le liquide amniotique de son art. ADN est né comme ça. Parce que derrière le prétexte, il y a une nécessité. Celle de raconter la trajectoire de Neige, divorcée et mère de trois enfants, qui fait subitement face à la mort de son grand-père algérien.

Sans être autobiographique -Maïwenn réfute ce terme sans ambages-, le récit est pourtant personnel et ce héros vieillissant fait référence à ce papi si précieux dont le deuil fut éprouvant pour l'actrice et cinéaste. Adroitement, cette dernière saisit au vol des fragments de son histoire et de sa sensibilité pour bâtir un portrait familial composite, dans lequel la puissance du fictif soutient la fragilité de l'existant.

Du collectif à l'individuel

Du Bal des Actrices à Police, Maïwenn est souvent au centre ou en périphérie de son dispositif filmique, témoin proche ou lointain du fil du récit. Dans ADN, elle est la double hélice, en pole position. Le scénario cache pourtant cette carte à ses prémices. On découvre Neige entourée de personnages multiples.

Maïwenn, Fanny Ardant, Dylan Robert, Louis Garrel... dans "ADN". © Le Pacte

Avec sa famille, elle planifie les funérailles du défunt, en permanence colletée par les crispations, les querelles, les caractères jaspés des uns et des autres.

Un tsunami intime que la cinéaste dépeint avec ce qu'il faut d'humour pour mieux en révéler les plaies comme les remises en question.

Ce n'est qu'à mi-chemin que le brouhaha se dissipe un peu plus à mesure que l'héroïne plonge dans sa propre histoire, essayant de se rattacher à ces nucléotides perdus, en Algérie comme ailleurs.

De ce tableau où tout le monde dit son mot, s'affirme, s'oppose, Neige va prendre la passerelle qui la mène vers elle-même. De quoi taire les fantômes et la cacophonie pour trouver la libération, la compréhension de soi et, peut-être, boucher les trous de toutes ces choses qui, par pudeur, ne se disent pas. Comme "Je t'aime", par exemple.           

Un casting merveilleux

Le cinéma de Maïwenn, c'est aussi une manière imparable de diriger les comédiens, les révélant souvent comme on avait rarement pu les voir. Souvenez-vous de JoeyStarr dans Police ou d'Emmanuelle Bercot dans Mon Roi (prix d'interprétation à Cannes). En effet, elle sait en tirer le talent brut, en saisir les fragilités pour en faire des forces.

ADN lui permet ainsi de magnifier Fanny Ardant, sous les traits d'une mère (ultra toxique) et encline aux conflits répétés, d'exploiter la fibre comique de Louis Garrel ou de confirmer les attentes qu'on avait placées sur Dylan Robert (César du meilleur espoir masculin pour Shéhérazade).

Favorisant un scénario où l'improvisation et les idées des acteurs ont toute leur place, elle contribue à rendre cette réunion de famille plus vraie que jamais. Et elle trône bien sûr au centre de ce tout. Ses détracteurs lui reprocheront sûrement de se mettre en avant. Mais il serait bien dommage de se priver de son feu sacré et de la sincérité criante de sa démarche artistique. Laquelle prend tout son sens lors des dix dernières minutes durant lesquelles l'émotion s'invite comme une lame de fond.

En cherchant son identité, elle a bel et bien trouvé son meilleur film.