Juliette Binoche : "Ma mère a été critique, puis aimante"

En salles le 25 décembre, "La Vérité" du Japonais Hirokazu Kore-eda permet à Juliette Binoche d'investir une relation mère-fille avec Catherine Deneuve, qu'elle n'avait jamais croisée dans sa carrière. Pour le Journal des Femmes, la comédienne revient sur cette expérience passionnante.

Juliette Binoche : "Ma mère a été critique, puis aimante"
© Le Pacte

Elle a traversé plus de trois décennies de cinéma avec une grâce inouïe, remportant tout ce que son art peut offrir de récompenses : le Romy Schneider, le César, l'Oscar, la Coupe Volpi à Venise, le prix d'interprétation féminine à Cannes, l'Ours d'Argent de la meilleure actrice à Berlin… Juliette Binoche, dont le sourire pourrait rallumer une planète morte, est une fierté nationale.
Rien d'étonnant à ce que les réalisateurs du monde entier se l'arrachent. Le dernier en date ? Hirokazu Kore-eda, qu'elle est allée chercher pour initier le projet La Vérité, dans lequel elle incarne la fille de Catherine Deneuve. Un premier face-à-face entre les deux actrices qui n'a pas été simple, du moins au départ. "Je l'ai découverte enfant dans Peau d'Ane, je l'ai entendue chanter les airs de Jacques Demy… C'est énorme pour une petite fille de voir ça. Et là, je me disais : 'Oh, c'est ma mère !''

Dans ce drame solaire, tout en touches drolatiques, Binoche incarne une scénariste qui revient à Paris, avec son mari et ses enfants, pour accompagner la sortie des mémoires de sa maman, une icône du cinéma. Un rôle-miroir qui a permis à Catherine Deneuve de se laisser aller à une délicieuse mise en abime. "Je l'ai tutoyée tout le temps… C'était risqué car elle est impressionnante. Elle me vouvoyait…", se souvient Binoche. Avant d'ajouter, amusée : "J'ai continué jusqu'à ce qu'elle cède. Et c'est là que j'ai commencé à lui piquer des cigarettes… Tout ça a fini par apporter de la bonne humeur entre nous."
Au départ, la comédienne pensait que Hirokazu Kore-eda allait, comme dans ses précédentes oeuvres (Still Walking, Nobody Knows ou Une Affaire de Famille, Palme d'Or en 2018), proposer un drame pur. "Mon personnage attaque sa mère... Elle se sent trahie… Mais il ne voulait ni larmes ni pathos. Il me disait en riant : 'Non, non, reste très légère'. Il a fallu que je trouve un équilibre entre rigoler et être blessée", affirme-t-elle, tout en concédant que la comédie se joue souvent dans les moments dramatiques. Car oui, le rire décongestionne. Et libère.

Pour la recherche de La Vérité

On peut par ailleurs se demander si cette relation mère-fille, qu'elle explore là avec brio, a pu réveiller en elle des souvenirs personnels. Pudique, Juliette Binoche répond laconiquement : "J'ai eu une mère critique. Avec le temps, elle est devenue plus aimante. Ses critiques m'ont fait avancer, mais elle m'ont blessée aussi. Quand elle était petite, elle admirait Shirley Temple et je n'étais pas Shirley Temple." Et d'extrapoler sur la position de célébrité et les conséquences que cela implique au sein des proches : "Je crois que quand on a de la reconnaissance, ça peut déranger dans la famille. Il faut le temps de trouver sa place et d'accepter ce destin qui chamboule tout le monde. C'est compliqué pour la personne en lumière, qui est dans la culpabilité et qui doit descendre de son piédestal, comme pour la famille.

Comme le titre du film l'indique, c'est en tout cas la recherche de vérité qui conduit la carrière de cette immense actrice. "Essayer d'être toujours vraie" est son leimotiv, son moteur. "C'est tellement fort d'être devant une caméra : il faut oser s'exposer. Quand on est plus jeunes, on cherche quelque chose sans savoir quoi. On est davantage perdus et accros au metteur en scène, que l'on perçoit comme étant un père ou un Saint Sauveur. J'ai changé à ce niveau. On apprend sur soi : le cinéma est presque un travail de thérapie".
"C'est extrêmement sportif d'être acteur, ça demande une résistance physique et émotionnelle. On ne sait pas où on va mais on y va. Jouer, c'est aussi bien savoir et ne pas savoir. Je suis toujours aussi passionnée par ce métier
", conclut-elle, avant de louer les qualités d'écriture (et d'écrivain) de Hirokazu Kore-eda. Ou d'Olivier Assayas, dont elle aime la plume et avec qui elle a tourné notamment dans Sils Maria.
Dernière question pour la route : "Juliette, préférez-vous un doux mensonge ou une vérité cruelle ?". Réponse. "La Vérité aussi cruelle soit-elle... Et ce, même si ça fait souffrir."