Adieu, innocents
Elsa Cayat, la géniale psychiatre
Victime de la folie des Hommes, l’impertinente Elsa Cayat, 54 ans, psychiatre, psychanalyste et essayiste, sondait les âmes et leur violence, pourfendait l'exclusions et tenait la rubrique "Divan" de Charlie Hebdo. "Interne des hôpitaux de Paris à 22 ans, elle s’est dès son installation constituée une énorme clientèle, des intellectuels fascinés par sa qualité d’écoute, son pouvoir d’analyse, sa fulgurance", raconte sa tante dans une lettre qu’elle a fait parvenir au Figaro Madame. "Travailler, réfléchir, écrire, élever sa fille, avec toujours ce besoin d’excellence, voilà ses passions", confie Jacqueline Raoul-Duval qui déplore : "Comme elle était juive, je ne peux m'empêcher de penser qu'elle a été tuée pour cette raison, et j'en éprouve des relents d'horreur".
Spécialiste de la relation amoureuse, des fondements du couple, experte en autorité parentale, cette femme médecin décrite comme "chaleureuse, joyeuse, débordante de gaieté" avait récemment cosigné un livre, intitulé Le Désir et la Putain : Les enjeux cachés de la sexualité masculine.
Dans le dernier numéro de Charlie Hebdo, Elsa Cayat intitulait sa chronique : "Noël, ça fait vraiment chier".
Honoré, l’élégance de la discrétion
Autodidacte, figure du journal satirique et illustrateur virtuose, Philippe Honoré, 73 ans, était le moins connu des cinq dessinateurs tués dans l’attentat. Triste ironie, il était l'auteur du dernier dessin twitté par l'hebdomadaire, quelques instants avant l'attaque meurtrière. On y voit le chef fondateur de l'organisation Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi souhaiter la bonne année: "Et surtout la santé !".
Franck Brinsolaro et Ahmed Merabet, deux policiers d’exception
Parmi les morts figurent aussi deux policiers, selon le parquet de Paris. L'un d'entre eux assurait la protection de Charb selon une source proche de l'enquête. Franck Brinsolaro, 49 ans, venait de se marier avec la rédactrice en chef de L'Eveil Normand. Il était le père de deux enfants, était affecté depuis plusieurs années au service des hautes personnalités. Il assurait la sécurité de Charb (directeur de la publication), depuis l'incendie criminel qui avait visé les locaux de l'hebdomadaire et les menaces proférées à son encontre en 2011. (Charb, tout comme le directeur de la rédaction Riss et le dessinateur Luz, avait été placé sous protection policière depuis la publication de caricatures de Mahomet fin 2011).
Le fonctionnaire a été abattu dans les locaux de l'hebdomadaire, sans avoir le temps de riposter.
Ahmed Merabet, 42 ans, appartenait à la brigade VTT du commissariat central du XIe arrondissement de Paris. Les assaillants l'ont exécuté alors que le policier patrouillait dans le quartier. Dans une vidéo authentifiée par les enquêteurs et qui circule sur Internet, on voit l'agent gisant au sol, blessé par un premier tir, puis abattu à bout portant d’une balle dans la tête par l’un des deux tueurs. Ignoble, infâme...
Frédéric Boisseau, agent de maintenance employé par Sodexo, marié et père de deux jeunes enfants, était présent à l'accueil de l'immeuble au moment de l'attaque. Il a aussi été tué.