"Les voisins ont tout vu, mais n'ont rien fait" (Louise, tabassée par son ex)

C'était il y a six ans. Louise quitte le père de ses deux enfants pour un autre. Ensemble, ils ont une petite fille. Très vite, elle découvre que son rapport à l'alcool n'est pas sain mais elle est loin d'imaginer qu'il deviendra un jour violent. Harcelée et agressée sous les yeux de ses voisins qui n'ont jamais bougé, elle nous rappelle que nous sommes tous en mesure de dénoncer. Récit.

"Les voisins ont tout vu, mais n'ont rien fait" (Louise, tabassée par son ex)
© Louise

Entre le 1er janvier et le 1er septembre 2019, 100 femmes tuées sous les coups de leur conjoint ou de leur ex-conjoint. Alors que le Grenelle de lutte contre les violences conjugales a débuté le 3 septembre, nous avons choisi de donner les paroles à celles qui souffrent, cherchent une issue et se battent pour se reconstruire. Leurs témoignages sont nécessaires. Voici celui de Louise, 34 ans, qui vit en Belgique. Ligotée à la peur face à la violence de son ex, elle n'a jamais osé porter plainte. Mais un jour, elle se rend à la police. Seulement, porter plainte est impossible : il faut des preuves, des coups. Ses mots et ses pleurs ne suffisent pas. Elle nous raconte aujourd'hui combien ses voisins étaient témoins de son histoire. Ils auraient pu appeler les autorités. Ne l'ont jamais fait. 

Je me souviens de cette voisine du bas - on habitait au premier - qui m'a vue en plein désespoir au volant de ma voiture, je voulais partir, m'échapper. Mon ex compagnon était accroché au capot, couché dessus, une bière à la main, pour ne pas que je parte. J'avais fermé la centralisation, j'étais pleine de sang, il m'avait cassé le nez ce jour-là, et tiré par les cheveux. Il m'en avait arraché par touffes. Il y avait du sang partout dans l'appartement, les escaliers, je ne sais pas comment je ne me suis pas évanouie. Je pleurais, il hurlait, la voisine est sortie et me criait : "Rentre chez toi et il se calmera, il me l'a promis". Je faisais "non" de la tête. Il a donné un coup de poing dans mon pare-brise, qui forcément a cassé, j'étais terrorisée. Nous habitions sur une petite place, certainement plusieurs personnes ont vu la scène. Personne n'a appelé la police.

J'ai fini par rentrer, il m'a tabassée, j'ai crié "A l'aide", "Appelez la police", "Au secours", personne, absolument personne ne m'a aidée. Il m'a traînée par les cheveux, et m'a forcée à nettoyer tout le sang. Ce jour-là, j'aurais pu mourir. Je sais que les gens avaient certainement peur des représailles, mais il s'agissait d'une vie qui était en danger. Des femmes sont mortes comme ça.

Une femme qui rentre chez elle, alors qu'elle est battue, est terrorisée. Elle est conditionnée à être rabaissée sans cesse. Elle a peur non seulement pour elle mais pour sa famille, ses enfants, ses connaissances. Les gens pensent que si une femme reste, c'est qu'au final, ça lui plaît... Personne n'aime ça, personne ne veut ça, personne ne doit vivre ça. Aucune raison n'est valable pour se faire maltraiter. Il faut dénoncer. C'est vraiment mon message. Il faut secourir, on aurait pu me secourir maintes fois. L'enfer a duré quatre ans. J'ai réussi à partir grâce à mon compagnon actuel. Chaque jour, je me bats pour me reconstruire.

"Les voisins ont tout vu, mais n'ont rien fait" (Louise, tabassée par son ex)
"Les voisins ont tout vu, mais n'ont rien fait" (Louise, tabassée par son ex)

Entre le 1er janvier et le 1er septembre 2019, 100 femmes tuées sous les coups de leur conjoint ou de leur ex-conjoint. Alors que le Grenelle de lutte contre les violences conjugales a débuté le 3 septembre, nous avons choisi de donner les paroles à...