Vers la fin du tabou des règles ?

Le documentaire "Règles, la fin d'un tabou", diffusé le 3 juillet à 20h50 sur Téva, met en lumière le changement des mentalités vis-à-vis des menstruations. Les initiatives pour gommer les tabous liés aux menstruations se multiplient. Certains spots publicitaires sensibilisent un peu plus à la normalité des cycles périodiques. Les règles (du jeu) ont-elles changé ?

Vers la fin du tabou des règles ?
© Capture d'écran Body Form

[Mise à jour jeudi 3 juillet à 11h00] Les tabous se brisent un à un. C'est ce que montre avec brio le documentaire Règles, la fin d'un tabou, diffusé sur Téva le 3 juillet, à 20h50. Après des années à cacher les menstruations féminines à la télévision, dans les magazines et même au sein du cadre familial, il est grand temps d'assumer la normalité des règles. Chaque année, le 28 mai sonne la Journée Internationale de l'Hygiène Menstruelle, initiée par l'ONG allemande Wash United depuis 2014. Ses objectifs ? Sensibiliser les femmes à l'hygiène, leur apprendre à choisir les meilleures protections et alerter sur les dangers de la précarité menstruelle. D'après PliM, marque de protections saines et écologiques, 70% des femmes ne connaissent pas la composition du sang des règles et 90% d'entre elles ignorent tout à propos du Syndrome du Choc Toxique (SCT). 
Ce dernier peut être lié aux cycles lorsque le tampon ou la coupe menstruelle qui, portés trop longtemps, entraînent la stagnation du sang et favorisent la bactérie à l'origine des toxines attaquant les organes et provoquant le SCT. Bien que la maladie soit rare, l'hygiène doit donc être irréprochable : changer régulièrement son moyen de protection (6 heures pour un tampon, on évite d'en porter la nuit), et se laver les mains avant et après s'être changée sont des gestes a adopter. Concernant la douche, aucun produit ni savon particulier n'est nécessaire, seule de l'eau suffit pour laver correctement son intimité. 

Des protections hygiéniques gratuites

En Écosse, le Parlement a (enfin) voté en février 2020 une loi pour assurer la gratuité des protections hygiéniques. Tampons et serviettes doivent donc être distribuées de manière gratuite dans les pharmacies et autres locaux. Une initiative logique et bienvenue... Qui a dit que les femmes, déjà moins bien payées que les hommes, devaient en plus assumer d'autres coûts (et pas des moindres) uniquement parce que nous avons du sang dans nos culottes tous les mois ?

Des protections saines et lavables

Afin de lutter contre la précarité féminine, souvent présente dans les pays en développement, certaines marques s'engagent. C'est le cas de PliM, qui propose depuis 2009 des protections 100% saines et réutilisables. Depuis 2017, la firme soutient l'Association pour le Développement de la Santé des Femmes (ADSF) en lui reversant des fonds et en fournissant des serviettes hygiéniques lavables pour les femmes dans le besoin. Ces protections menstruelles réduisent également le coût conséquent des règles, qui s'élèverait à une moyenne de 2000 euros pour les 546 cycles d'une femme au cours de sa vie. 

Plus de sang d'encre à la télévision

Fini le sang bleu pour montrer les règles. Après l'Angleterre, c'est la France qui brise le tabou des règles  en 2019 avec la marque de protections périodiques Nana qui montre enfin la réalité des menstruations sans filtre (ou presque) dans un spot publicitaire. Oui, les femmes ont leurs règles et ce n'est pas un liquide translucide qui s'écoule de leur vagin. L'heure de la prise de conscience a-t-elle sonné ? Depuis la diffusion de cette publicité, le CSA a été saisi plus de 1000 fois ! Preuve qu'il faut du temps pour que les mentalités commencent à évoluer...

Force est de constater que depuis qu'Instagram a suscité un tollé avec le cliché d'un pantalon tâché par du sang menstruel en 2015, les choses semblent (un peu) changer. Les initiatives se multiplient pour atténuer le malaise que provoquent les menstruations dans la société. 

Les menstruations sur la place publique 

Le 12 octobre 2017, pour la Journée internationale des filles, les fontaines de Paris ont viré au rouge sang. Pas d'inquiétude à avoir, la première plaie d'Égypte n'a pas frappé. Le collectif Insomnia a tenté de faire passer un message pour éradiquer le tabou des règles et demander plusieurs avancées, comme la gratuité des protections hygiéniques pour les mineures. "Honteuses de leur corps dès l'adolescence, les femmes se sentent continuellement obligées de les cacher", s'est indigné le collectif sur Facebook. En 2017 également, l'idée de mettre en place des distributeurs de tampons gratuits dans les lycées a été soumise au Conseil régional d’Île-de-France par Muriel Guenoux, élue des Radicaux de gauche. Un concept largement soutenu par les internautes qui ont aussitôt lancé le hashtag #TasPasUnTampon

Des livres san(g)s tabou

Les règles sont même célébrées dans les librairies. En mai 2020, Florence Dupré Latour a publié sa bande-dessinée autobiographique, Pucelle, dans laquelle elle replonge au sein de l'univers catholique dans lequel elle a grandi et parler des menstruations n'était pas correct, voire pire. Un ouvrage qui dénonce la domination patriarcale et le tabou autour de l'hygiène féminine. 

En janvier 2017, la journaliste Elise Thiébaut a publié Ceci est mon sang, un livre explicatif sur les menstruations, avec pour ambition d'éduquer les lecteurs. L'auteure a fait remarquer avec humour que pendant 57.600 heures de la vie d'une femme, l'équivalent "d'un demi-verre de Bordeaux" de sang s'écoule de son vagin tous les mois. Une façon de dérider les dubitatifs. En mai de la même année, Jack Parker, auteure du blog Passion Menstrues, publiait son ouvrage Le Grand Mystère des Règlesdans lequel elle normalisait cette période du mois et répondait sans retenue aux questions que certaines n'osent pas poser. 

Éduquer pour diffuser le message 

Et si les hommes avaient eux aussi leurs règles ? C'est le scénario qu'ont imaginé la marque de sous-vêtements périodiques Thinx et l'agence BBDO dans une vidéo édifiante... qui montre que si ces messieurs avaient, eux aussi, du sang dans leur slip, le tabou des règles n'aurait pas persisté. 

Ce n'est pas nouveau, on change souvent le monde en musique. Dans cette optique, en 2016, Wham Bam Thank You Ma'am, un trio d'Australiennes a sorti le titre "I Got That Flow" pour dédramatiser les menstruations. Le clip ne prend pas de pincettes avec des hommes déguisés en tampons, du sang coulant sur les principales protagonistes, des serviettes hygiéniques à tire-larigot. Résultat ? La Toile s'est enflammée et le message est passé. Les Youtubeuses ajoutent également leur pierre à l'édifice en postant des vidéos qui abordent les règles sans complexe, à l'image de Marissa Rachel, qui a créé une chaîne Youtube entièrement consacrée au sujet.

Pour faire bouger les choses, il est aussi nécessaire de prendre le problème à la racine en éduquant les jeunes. Un jeu de société a été imaginé par une poignée d'étudiantes pour expliquer le phénomène des menstruations aux enfants. 

"Lutter contre cette honte est un petit pas pour redonner confiance aux femmes qui ont le courage de se battre pour l'égalité", observe l'artiste Sarah Levy dans SocialistWorker, après avoir peint un portrait de Donald Trump avec son sang menstruel.
Malgré toutes ces initiatives, la gêne subsiste encore auprès de ces messieurs et une partie des femmes rougit lorsque le sujet est évoqué. Selon une étude du groupe SCA, les menstruations sont un sujet tabou au sein du couple pour trois quart des Françaises. Espérons que dans quelques années, le problème sera réglé

Ne manquez pas le documentaire Règles, la fin d'un tabou, diffusé sur Téva le 3 juillet, à 20h50